SURPRISE N°6 L’HAMAMELIS OU LE NOISETIER DE SORCIERE
Une image de l’hamamélis reçu par WhatsApp
Il y a quelques jours j’ai reçu par WhatsApp cette photo d’une amie allemande. «Voilà ma noix enchantée ( Zaubernuss ) qui fleurit contre vent et neige », pouvais-je y lire. J’ai reconnu l’hamamélis, un arbuste de floraison hivernale, aux pétales rubanés et dorés qu’on ne voit pas beaucoup dans les jardins du Mans, hélas ! Il fleurit presque en même temps que nos mimosas et leur donnerait un joli pendant ! Je savais aussi que la plante est connue en France sous le nom de « noisetier de sorcière » et en Angleterre sous celui de «witch hazel ». Les trois langues entourent donc cet arbuste d’une atmosphère magique, tout en évoquant le noisetier. Le rapport au noisetier est vite expliqué : les feuilles de l’hamamélis ressemblent un peu à celles du noisetier. Quand une nouvelle plante apparait, les gens aiment à la rapprocher d’un végétal connu. Mais « sorcière » et « enchanté » sont plus énigmatiques. Intuitivement j’aurais dit que c’est une plante connue pour ses propriétés curatives. Les guérisseuses, souvent prises pour des sorcières autrefois, connaissaient peut-être ces qualités ? J’ai continué à chercher et voilà, l’énigme serait dans une déformation du mot sourcier qui a donné sorcière. Les fourches de l’hamamélis de Virginie auraient été utilisées par les indigènes d’Amérique du Nord pour trouver de l’eau sous la terre, une source. L’allemand et l’anglais ont d’autres mots pour sourcier. Les émigrants anglais en Amérique du Nord ont taillé leurs baguettes de sourcier dans l’hamamélis comme les indigènes et se sont trouvés dotés de pouvoirs surnaturels. Pour les Allemands ça semble être plutôt une question botanique : ils ont été « enchantés » par les petites noix, se trouvant souvent encore sur l’arbuste au moment de la floraison.
Au Jardin des Plantes du Mans sous la pluie perpétuelle, février 2026
J’ai tout de suite fait une promenade au Jardin des Plantes pour voir si je pouvais trouver un hamamélis. Et quelle chance, dans la partie paysagée du parc, sur un gazon sous des platanes et des hêtres, voilà quatre jeunes hamamélis en fleur. Etant donné leur croissance très lente et une attente de trois ans après la plantation avant de fleurir,, j’estime leur arrivée ici à au moins cinq, six ans. Il s’agit de quatre différents cultivars ; il en existe 70. Le genre hamamélis comprend cinq espèces à l’origine, trois en Amérique du Nord dont hamamelis virginiana est la plus connue, une en Chine, hamamelis mollis, une cinquième au Japon, hamamelis japonica. Tous les cultivars sont issus de ces deux derniers. Cela donne pour tous la formule hamamelis X intermedia. Ils sont souvent greffés sur le très rustique hamamelis de Virginie. Leur famille est celle des Hamamelidaceae. Je vous rappelle trois plantes très en vogue dans nos jardins et en ville qui appartiennent aussi à cette famille intéressante : les liquidambars, les parroties de Perse et l’arbuste loropetalum, tous très hauts en couleur à différentes saisons.
Des feuilles desséchées sur un hamamélis en fleur
C’est une photo assez rare, car l’hamamélis n’a pas perdu ses feuilles en automne et ceci probablement parce qu’il a subi un coup de gel au mois de novembre, ce qui a dévitalisé les feuilles sur les branches. Un avantage pour moi, car cela nous donne la possibilité de voir au moins leur forme, qui, comme évoqué plus haut, ressemblent à celle du noisetier. Les feuilles de l’hamamélis sont cependant moins grandes et plus épaisses. Après la floraison, les feuilles apparaissent et sont d’un vert très vif. Elles virent au rouge ou jaune selon les variétés pendant l’automne. Le petit dessin suivant montre les feuilles de l’hamamélis de Virginie qui fleurit déjà à l’automne. Ses fleurs sont beaucoup plus petites que celles des cultivars. Sur une branche nous pouvons apercevoir même des fruits. Il s’agit d’une petite capsule double, chaque moitié contient une graine noire qui sera projetée jusqu’à 4 m à maturité.
Dessin de l’hamamélis de Virginie
Le port de l’hamamélis est très étalé. Les branches partent d’un tout petit tronc dans toutes les directions. L’arbuste peut arriver à une hauteur de 3 m et presque autant dans sa largeur si toutes les conditions pour son bien-être sont remplies. Il n’aime pas le calcaire, mais une terre riche et acide, toujours un peu humide. Ses ancêtres poussaient dans des forêts humides sous de grands arbres, où ils étaient protégés du grand froid. Le cultivar peut supporter – 10° s’il est protégé par un arbre ou un mur. Il aime la lumière, mais pas celle de la canicule. Il développe un tapis de racines très près de la surface, ce qui implique de ne pas toucher au sol autour de lui, simplement de le couvrir d’une bonne couche de copeaux de pin, ce qui lui assurera l’humidité et l’acidité suffisantes. C’est donc un arbuste un peu délicat !
La fleur rubanée
Les feuilles très luisantes et colorées sont une originalité de l’hamamélis, ses fleurs adorables à pétales en forme de petits rubans en sont une autre. Chaque petite clochette porte 4 pétales qui ondulent dans tous les sens. L’effet d’abondance et de profusion provient d’un regroupement de plusieurs clochettes dans un ensemble touffu. Mes préférés sont les jaunes dorés, mais entre les 70 cultivars vous pouvez trouver une variété extraordinaire. Il y a toutes les teintes de jaune, de rouge, d’orange et même de blanc. L’hamamélis de couleur rouge est le dernier à fleurir au Jardin des Plantes.
Un hamamélis de couleur rouge au Jardin des Plantes
Pour terminer, revenons quelques instants aux propriétés curatives de l’hamamélis. Il suffit d’ouvrir l’ordinateur et de taper le mot hamamélis pour être subjugué par des produits de phytothérapie. La plante est reconnue pour ses bienfaits dans la protection des vaisseaux et l’aide en cas de maladie de la peau. La cosmétique s’en sert également en créant des lotions astringentes et calmantes. La base de tous ces produits sont les feuilles et l’écorce de l’hamamélis de Virginie qui contiennent du tanin et des flavonoïdes. Nous pouvons à nouveau remercier les Amérindiens qui les premiers ont découvert les qualités bienfaisantes de cette plante. Peut-être devrions- nous en planter un pied dans notre Jardin des Simples ?
Sources : dessin ( www.waschkultur.de) et site du MNHN (les fleurs de nos jardins)
SOLUTION DE LA DEVINETTE N° 5
Il s’agissait du cotoneaster lacteus aux fruits rouges. Si les fruits n’ont pas été mangés par les oiseaux, ils seront toujours en place.
DEVINETTE N°6
Comment s'appelle cette arbuste de printemps ?
Si vous trouvez que cette devinette est trop dure, je vous donne un coup de pouce : son nom est cité dans cette « surprise botanique N°6 ».