Surprise botanique n°8 : Festival des Jardins à Chaumont-sur-Loire

JURASSIC PLANTES

Le 16 juin, notre association EC&J a organisé une visite au Festival International des Jardins à Chaumont- sur- Loire. Le domaine de Chaumont possède un grand nombre de très beaux  jardins permanents ainsi que des lieux d’expositions  pour objets d’art en rapport avec la nature ou avec des questions d’environnement. Mais Chaumont est surtout connu pour son festival qui est en réalité un concours de création de jardins, fondé en 1992. Tous les ans un autre thème est imposé à la conception : en 2023 c’était Jardin résilient, 2024  Jardin, source de vie, 2025 Il était une fois au Jardin  et cette année 2026 Le Jardin fait son Cinéma. A chaque fois, environ 200 artistes, jardiniers, fleuristes ou paysagistes français et internationaux  soumettent  leurs projets dont seulement 30 sont retenus. On leur attribue un des 30 emplacements de jardinet et une somme d’argent équitable pour réaliser leur œuvre. Sur le site internet du domaine on peut lire que Le jardin fait son Cinéma invite à explorer les correspondances formelles, narratives et symboliques entres les deux arts. » et « la question du temps….Le jardin pousse et se transforme…le cinéma, quant à lui, joue avec un temps pluriel … ». Un travail approfondi sur le temps est à admirer dans le jardin que j’ai élu personnellement entre les 30 :  Jurassic Plantes des concepteurs Corentin PFEIFFER, paysagiste, et Romain MAIRE, spécialiste des orchidées. Mais avant d’y aller, voyons d’abord quelques jardins très colorés.

Beaucoup de décor de cinéma

On doit avouer que la plupart des créateurs ont  réussi à nous faire reconnaître tel ou tel film à travers des accessoires non- végétaux qu’ils ont introduits dans leurs jardins. Exemples : Les jardins de Tati nous amusent avec une silhouette de Tati, avec le jardin stérile et sa fameuse fontaine de « mon oncle » ; plus loin avec un peu plus de végétation, on nous offre des roues de vélo décorées, le carrousel et le stand du marchand de bonbons de « jour de fête ». Dans le jardin Rouge Baiser, les concepteurs évoquent des moments de grand amour cinématographique. Ils ont installé  un rail de chemin de fer et un souterrain dont sort de la brume pour « Quai des brumes », on a aussi le droit de penser à « Un homme et une femme ». Un autre film dans le même jardin,  «Titanic »précisément, est représenté par un grand tableau  d’un coucher de soleil. Il y a toujours des fleurs assorties, bien sûr. Mais dans les deux cas ça ressemble plutôt à un musée de cinéma qu’à des jardins. Passons alors à la conception de Jurassic Plantes.

Le dinosaure mange les plantes du Jurassique

Aucun film ne porte le nom Jurassic Plantes et ce sera ici une véritable invention, ce jardin fera son cinéma avec l’ensemble des plantes utilisées. Une fois rentrée chez moi et pour vraiment bien comprendre, j’ai demandé à ma petite-fille, très versée dans le cinéma américain, de me montrer le film « Jurassic Park » qui est à la base de cette création de jardin. Les stars de « Jurassic Park » se révèlent être les dinosaures, éteints depuis le cataclysme du Secondaire  et que Steven Spielberg aime à faire revivre dans son film. Ils renaissent d’une goutte de sang qu’un moustique, renfermé dans une pierre d’ambre, avait pris en piquant  un dinosaure. Le protagoniste du film qui ose cette expérience, crée une sorte de Zoo extrêmement sécurisé pour ses dinosaures sur une île secrète. La scène importante faisant le lien avec  Jurassic Plantes à Chaumont  nous montre un dinosaure malade parce qu’il a mangé les plantes qui poussent aujourd’hui, à notre époque. Depuis le Secondaire (qui comprend trois périodes, le Trias, le Jurassique et le Crétacé et qui durent de 225 millions à 65 millions d’années avant notre ère)  la flore a totalement changé. La flore de notre Terre aujourd’hui est dominée par des plantes à fleurs, les Angiospermes et beaucoup d’entre elles sont toxiques pour nous comme pour ce pauvre dinosaure malade. Les bêtes ranimées doivent non seulement manger des Angiospermes, mais aussi vivre sur un sol en terre, tandis que pendant le Jurassique, le sol était fait de lave et sans herbes ; les herbes étant les plantes à fleurs.

L’emplacement du Jurassique dans l’histoire de la Terre

En revanche,  Jurassic Plantes essaie de jouer le jeu de la flore qui existait réellement pendant le Secondaire. Pour éviter de longue descriptions, je vous propose de vous référer à une illustration empruntée dans «  La botanique retrouvée » d’ Aline  Raynal-Roques  (chez Belin, Edition INRA.)

Le Portail du jardin

Nous rentrons dans le jardin Jurassic Plantes par une réplique du fameux portail de » Jurassic Park » de Spielberg, donc un clin d’œil de la proximité avec cette œuvre. Mais les plantes exposées doivent  illustrer le Jurassique. Toutes sont vertes, il n’y a pas encore la palette multicolore des fleurs de notre temps. Les fougères arborescentes dominent. Elles doivent évoquer une sorte de canopée dense. Nous trouvons  beaucoup d’autres fougères plus petites et des prêles, des gunnéras, des cycas, différents cryptomérias, des séquoias, gingkos et araucarias.

Une scène bucolique du Jurassique

Revenons au jeu du temps qui profite à ce jardin: certes, toutes les espèces plantées ici ont existé dans le Secondaire. Mais un très grand nombre de fougères et de conifères (qui sont des Gymnospermes) ont péri comme les dinosaures dans le grand cataclysme à la fin du Crétacé, il y a 66 millions d’années. Les chercheurs de notre temps découvrent toujours des fossiles et peuvent témoigner d’une très grande variété de plantes disparues.

Naissance attendue du nénuphar

Les concepteurs ont pensé à présenter les plantes dans un sol de granules de lave, et dans un environnement de gros blocs de pierres de lave et de bois morts de différentes couleurs brunes. Ils ont repris ces teintes  dans quatre décors en acier rouillés : 1) le portail déjà mentionné qui nous ouvre ce temps ancestral de notre Terre 2) de grandes plaques verticales, des sortes d’immenses étiquettes botaniques, dans lesquelles sont découpés les noms des arbres et le temps de leur apparition, 3) deux ou trois dinosaures très civilisés, plutôt petits, mangeant avec plaisir  fougères et cycas. 4) un décor qui est un semblant de grande fleur qui émet de la brume. Cette brume n’est pas utilisée ici pour retrouver le nom d’un film, non, elle annonce  la prochaine naissance des plantes à fleurs, des nénuphars qu’on compte parmi des Angiospermes basales (Crétacé 140 à130 millions d’années). Nous avons la surprise de trouver une deuxième plante à fleur, le magnolia, placé à côté de l’araucaria.  Bien sûr, ce spécimen ici de notre temps n’a que 10 ans environ et est trop jeune pour nous faire le plaisir de fleurir. Son ancêtre du Crétacé  cependant est plus jeune que le nénuphar et a fait son apparition environ 100 à 95 millions d’années avant notre ère.

Magnolia à côté d’un araucaria avec son étiquette botanique  (lisibilité un peu difficile à cause de la haie permanente de charmes qui entoure ces jardins éphémères)

Le palmarès du concours de jardins a eu lieu également le 16 juin quand nous étions à Chaumont :

Le Prix de la Création est allé à Stalker, un jardin de résilience

Le Prix de design est allé à Le Festival de Cannes

Le Prix de la Palette végétale a été remporté par Jurassic Plantes

Je voudrais également vous rappeler que j’ai plusieurs fois écrit sur des plantes du Secondaire dans mes chroniques : Arbre de Judée dans la Vieille Ville(1), Gunnera au Jardin des Plantes(5), Séquoia au Parc de Verdigné(14), Araucaria sur le Chemin de Halage(24), Ginkgo au Parc Banjan(36), Cèdre au Parc Martin Luther King(37), Nénuphar sur l’Huisne(41), Magnolia au Parc de Tessé (46), tous au Mans …. Vous pouvez les lire si vous avez enregistré les textes.

SOLUTION DE LA DEVINETTE 7

Il s’agissait du sureau noir (dans une variété pourpre) à côté du piéris près du Palais des Congrès.

DEVINETTE 8

Comment s’appelle cette plante du Jurassique ? Elle pousse très lentement et peu à peu elle se fait un tronc avec des anciennes branches mortes. Ce n’est pas un palmier.

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Surprise botanique n° 7: Planter un piéris