CHRONIQUE BOTANIQUE N°43 LES CHÂTAIGNIERS DES ETANGS CHAUDS

           

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  Le Boulevard Nature passe par une jeune châtaigneraie   


Le choix du châtaignier comme sujet pour cette chronique s’est imposé à moi par une grande déception. Je parle souvent dans ces chroniques du petit bois de Gazonfier qui délimite mon jardin. Il a été si accueillant pendant le confinement, permettant aux gens du quartier et bien au-delà du quartier de faire une petite balade quotidienne ! Quelque temps auparavant  j’avais signalé aux espaces verts de la ville que les 5 châtaigniers tout près de ma clôture avaient quelques branches mortes qui pendaient d’une manière disgracieuse dans mon jardin et que je leur saurais gré de les couper un jour où ils travailleraient dans le bois. 

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       Les belles branches de châtaignier dans mon jardin


Début août j’ai dû assister à un spectacle angoissant ! Une nacelle avec deux élagueurs tels des acrobates de haut niveau et de toute manière très loin du sol taillaient et sciaient des branches et des troncs des grands arbres comme s’il s’agissait de petits arbustes. J’ai voulu m’approcher, mais ils m’avertissaient du danger. Le soir c’était fini : les cinq châtaigniers avaient disparu, seuls leurs souches m’indiquaient où ils s’étaient dressés, tout le sous-bois aussi était détruit. Depuis je me questionne sur cette intervention. Pour cinq branches mortes on abat cinq arbres ? Ils ne semblaient pas malades, au moins quatre sur les cinq souches sont impeccables. Leur magnifique floraison parfumée au mois de juin me manquera désormais !  Les amis me consolent : il y a beaucoup plus de lumière au fond du jardin, les grands fûts de chênes visibles maintenant décorent bien plus le fond du jardin… 

 

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   La silhouette typique du châtaignier


Rien ne peut me consoler ! On n’abat pas des arbres, juste pour faire de la place, d’autant moins que notre climat est en train de changer ! Les châtaigniers sont des arbres qui aiment la chaleur, ils sont tout à fait adaptés à de hautes températures. Ils sont bien ancrés dans le sol par un système racinaire performant, capable de stocker beaucoup d’eau pour les étés chauds. Le châtaignier est originaire du Caucase d’où il s’est étendu sur l’Asie Mineure, la Grèce, l’Italie, l’Espagne. Les Romains qui étaient de bons jardiniers l’ont implanté dans les régions qu’ils occupaient, d’ailleurs en même temps que la vigne. C’était une règle pour eux que le châtaignier pouvait se développer là où poussait la vigne. Ainsi il est arrivé en Gaule, dans les Cévennes, le Massif Central, la Bretagne. Depuis il est monté plus au nord encore mais sans être accompagné par la vigne. On raconte qu’il a fait son apparition pendant la première guerre mondiale dans les Vosges par quelques châtaignes que les soldats corses ont plantées là.
 « Mes » châtaigniers étaient déjà de grands arbres quand nous sommes arrivés à Gazonfier. Au mois d’août ils n’avaient pas loin de 80 ans. De grands arbres qui aspiraient une grosse quantité de CO2 de notre air pollué, qui diffusaient beaucoup d’humidité, donc de la fraîcheur les jours de canicule. C’était le seul lieu où on pouvait se tenir dehors par grande chaleur, d’autant plus qu’ils formaient un parasol au-dessus de nos têtes. Ils étaient trop courbés pour être beaux, mais quelle importance ? Pour fructifier le châtaignier a besoin de  lumière, ce qui explique cette position curieuse. Ils venaient la chercher dans mon jardin. Côté bois c’était impossible, ils étaient dans l’ombre des grands chênes. Normalement on devrait les planter espacés pour leur laisser de la lumière nécessaire. Je suppose que le bois de Gazonfier s’est plus au moins planté tout seul et que les arbres étaient dès le début  trop rapprochés. 

 

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   Vers le centre des Etangs Chauds 
Pour plus de clarté et de connaissances, j’ai essayé de trouver un lieu au Mans où je pouvais admirer et observer les châtaigniers. Je l’ai découvert près du Centre de Loisir des Etangs Chauds dans le bois de Changé, près de » la Californie ». Un beau chemin bordé de chênes et de robiniers d’un côté et une zone de reforestation à l’autre nous y amènent. C’est un lieu précieux pour tous les parents qui doivent travailler pendant les vacances scolaires et les mercredis : ils peuvent y inscrire leurs enfants entre 6 et 15 ans à des activités sportives, artistiques, ludiques. Il y existe aussi un espace parents- relais. En suivant ces indications, je suis tombée d’abord sur un vaste endroit avec des terrains de jeux bordé de majestueux châtaigniers. 

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 Glaneurs dans une jeune châtaigneraie


En continuant vers la forêt, j’ai découvert un tronçon du boulevard nature qui traverse ici une plantation de jeunes châtaigniers largement espacés, une châtaigneraie. Bien que jeunes encore, les arbres étaient tous entourés d’un tas circulaire de bogues déjà tombées que les glaneurs étaient en train de ramasser avec beaucoup de précautions. Le sol à cet endroit et dans le bois de Changé n’est pas idéal pour le châtaignier car très sablonneux. L’arbre préfère au contraire un sol frais, meuble et profond ! Mais on a constaté que les arbres feuillus sont capables de fabriquer l’humus dont ils ont besoin avec la masse de leurs feuilles qui tombent tous les ans. Ainsi mélangés aux pins, les châtaigniers apportent un équilibre aux sols pauvres. On a constaté le même résultat déjà pour les chênes et hêtres.
Le châtaignier, castanea savita, appartient comme le hêtre et le chêne à la famille des fagaceae. Il ne doit pas être confondu avec le marronnier d’Inde (chronique botanique 25), aesculus hippocastrum, de la famille des sapindaceae dont les feuilles et les fleurs sont très différentes. Leurs fruits auraient une certaine ressemblance, mais ceux du marronnier ne sont pas comestibles. Le problème est qu’on parle dans certaines régions de marron pour désigner la châtaigne.

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     Un tronc comme une colonne d’un cloître roman
Regardons de près le châtaignier. Un arbre mûr a souvent la forme d’une poire. Les branches et le tronc sont extrêmement tordus. L’écorce est très fissurée. Ce dessin est souvent tordu comme si le tronc pivotait comme sa racine. Il me fait penser à certaines colonnes de l’époque romane. 

 

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    Les feuilles coriaces du châtaignier 


Les feuilles sont très grandes, lancéolées, dentées, coriaces, alternées et d’un vert foncé brillant. Elles paraissent plus tard que toutes les autres feuilles en mai et tombent aussi un mois plus tôt que les chênes par exemple. Elles sont très difficiles à composter.

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          Chatons et fruits à la même saison ??


Les fleurs apparaissent tard aussi, à la fin du mois de juin. Les fleurs mâles sont situées sur de longs chatons qui à leur tour sont regroupés comme un grand pinceau. A la base des chatons se trouvent les fleurs femelles, regroupées souvent par trois. Les éleveurs de châtaigniers, les castanéculteurs,  plantent plusieurs variétés d’arbres pour permettre une meilleure fertilisation. Ma photo de chatons devrait vous faire songer ! Comment est-ce possible d’avoir les fleurs et les fruits en même temps ? Entre la fertilisation et la maturité du fruit s’écoulent quelques mois ! Nous avons eu une ou même deux canicules cet été. L’arbre a subi un stress et après la pluie récente, il a produit de nouvelles fleurs, une stratégie de survie.

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      Bogues et châtaignes


Au mois d’octobre les châtaignes sont mûres, les bogues tombent toutes seules, leur peau éclate en quatre  panneaux et la plupart du temps on y trouve 3 graines, les châtaignes. Souvent il y a une grosse et deux plus petites. En regardant bien la photo, vous pouvez encore voir le chaton attaché à l’enveloppe. Il est brun désormais et le fait qu’il soit toujours fixé à la bogue prouve que la fleur femelle se trouve bien en bas du chaton. 
Le châtaignier est appelé par beaucoup « arbre de vie » et il y en a bien des raisons. Tout d’abord parce qu’il est un arbre fruitier. Les châtaignes se mangent encore aujourd’hui. Les gens les rôtissent au feu, en font des farces de dinde ou d’oie, des confitures, des gâteaux, des confiseries. Les fameux marrons glacés sont faits avec une châtaigne spéciale dont la bogue ne contient qu’un seul grand fruit. D’ailleurs il y a une centaine de variétés horticoles de châtaignes qui sont présentées et vendues sur des marchés spéciaux dans le sud de la France ou en Suisse.

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     De bons marrons glacés


Cependant à d’autres moments de l’histoire, les gens n’ont survécu que grâce à ce fruit. On sait que les habitants du Limousin étaient réduits à manger des mets à base de châtaignes pendant les 17°et 18° siècles. Mais déjà longtemps avant il en était ainsi dans les régions montagneuses de l’Europe où le blé poussait mal, surtout sur le versant sud des Alpes. En effet, la châtaigne contient 50 à 60% de glucides et 10% de protéines. On en faisait farine et semoule et en préparait le pain, la soupe et toute une variété d’autres mets. Ce n’est qu’au 19° siècle avec l’apparition de la pomme de terre qu’un changement est survenu. La châtaigne fut nommée dans le Capitulaire de Villis de Charlemagne et la célèbre abbesse et herboriste Hildegard von Bingen préconise également les bienfaits de ce fruit.  
Le bois du châtaignier est apprécié : on en fabrique des charpentes, des meubles,  des bardeaux. Il était également utilisé pour la fabrication du charbon de bois. Cependant il est déconseillé de faire brûler ce bois dans la cheminée. Il fume, noircit et pétille. L’écorce contient beaucoup de tannin, elle est recherchée pour tanner les peaux.
Beaucoup d’animaux se nourrissent du châtaignier et y vivent, surtout les pics, les chauves-souris et les loirs. Dans les siècles de pénurie, même les feuilles de cet arbre étaient utilisées pour remplacer la paille de la litière des vaches, des moutons et des chèvres. 

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    De la racine jaillit une nouvelle vie


Voilà, j’ai fait le tour du châtaignier et me suis consolée ! Je dois avouer que les arbres au fond du  jardin étaient très mal lotis, coincés entre ma clôture et les grands chênes. Il faut se raisonner parfois. Et il y a même une petite surprise pour dire que tout se termine bien ! Les racines si vigoureuses de mes arbres font déjà jaillir tout autour des souches de nouvelles pousses. Aux Etangs Chauds, j’ai pu photographier ce qu’elles donneront dans quelques années : tout un faisceau de jeunes troncs bien lisses prendra le relais des arbres disparus.            

SOLUTION DE LA DE DEVINETTE 42 :
Les noms latins des deux plantes bien adaptées au climat chaud étaient :
Actinidia deliciosa
Punica granatum


En assemblant les lettres comme je l’ai indiqué, cela donne le résultat suivant :
            CANICULE !

DEVINETTE 43
  

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Cet arbuste a de beaux fruits. Comment s’appelle-t-il ?
J’ai choisi les fruits d’un arbuste parce que je prépare un deuxième jeu pour les enfants où il s’agira de reconnaître l’arbre ou l’arbuste par ses fruits.