CHRONIQUE BOTANIQUE N° 42 : LA GUIMAUVE A L’ARCHE DE LA NATURE ET A L’ABBAYE DE L’EPAU

CHRONIQUE BOTANIQUE 42  LA GUIMAUVE A L’ARCHE DE LA NATURE ET A L’ABBAYE DE L’EPAU
Je vous ai donné rendez-vous au même endroit où je vous ai laissé au mois de juin : à l’entrée du sentier de l’Arche de la Nature, tout près du mur qui entoure L’Abbaye de l’Epau. Sur le pré attenant j’avais photographié une vache en train de manger une grande plante à feuilles velues : la guimauve. De toutes les mauves qui forment une très grande famille de 1000 espèces et 80 genres, c’est elle que j’aime tout spécialement à cause de sa beauté délicate.

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     Fleurs et feuilles de la guimauve


 La guimauve, l’althaea officinalis, a des couleurs pastel douces. Les cinq pétales de sa fleur sont à peine teintés de rose, contrastant avec les étamines d’un beau violet. Des feuilles de velours tirant vers le gris entourent la fleur. Rien n’est éclatant, tout est finesse et tendresse. Vous allez me rappeler la beauté de ses sœurs les plus proches, altheaea rosea, la rose trémière qui peut s’enorgueillir d’une palette de couleurs très large, la mauve sylvestre  d’un violet vif ou la mauve musquée d’un joli rose et de feuilles en dentelles ; ou bien ses cousins, les hibiscus ou les abutilons. Toutes ces plantes sont magnifiques, mais aucune d’entre elles me semble posséder la grâce de la guimauve. Ses feuilles sont plutôt rondes, à trois ou cinq lobes et dentées. Les fleurs sortent sur un pédoncule très court aux aisselles des feuilles. Elles peuvent être solitaires, en grappes ou même en panicules feuillues. Elles possèdent des bractées très courtes, puis un calice de cinq sépales du même nombre que les pétales. Les sépales entourent encore, comme souvent, les fruits en forme de disques. Toute la plante est velue, pas seulement les feuilles. Elle attire les abeilles mais elle peut être autopollinisante.   

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La guimauve en arbuste
En faisant un saut à la ferme de la prairie, nous pouvons constater qu’elle est installée  dans le jardin des plantes aromatiques (chroniques botaniques 10 et 11). A la façon de la rose trémière, elle lance des tiges d’un mètre et demi, mais en plus grand nombre et presque toutes de la même hauteur. Elle est ici isolée des autres plantes, le sol est couvert d’une forte couche de mulch pour éviter que le desséchement et les herbes folles lui nuisent. C’est un arbuste très élégant qui pourrait aussi participer à un jardin d’ornement. La guimauve tient bien en vase ; on dirait que la taille la stimule, elle émet de nouvelles branches qui vont refleurir à leur tour. Mais sa présence dans ce jardin aromatique a une autre raison. Elle appartient aux plantes qui soignent et guérissent depuis l’antiquité. Surtout ses racines sont recherchées, car elles contiennent des matières émollientes, adoucissantes et laxatives. D’ailleurs, son nom botanique tire son origine du verbe grec « althein », guérir.  

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Dessin de la guimauve tiré du « Kräuterbuch » de Leonhart Fuchs de 1543, botaniste et médecin de la faculté de Tübingen


 Il n’y a pas si longtemps que la guimauve était encore traitée comme un légume. Ses feuilles sont comestibles. Certaines recettes proposent de les hacher et en parsemer une salade. Après la publication de ma devinette, un ami a douté que la vache écossaise ait vraiment mangé les feuilles de la guimauve. Il pensait que leur texture poilue devrait lui être désagréable. J’ai pourtant assisté à la scène !
Jadis on déterrait les racines de la plante pour les manger, ou pour en donner des bâtonnets aux bébés qui faisaient leurs dents. Ou encore, on les séchait, coupées en petits morceaux, pour des tisanes, décoctions, des pommades et d’autres remèdes. C’est ainsi qu’on peut encore les acheter dans les herboristeries. Le Kräuterbuch de 1543 (Livres des Herbes) de Leonhart Fuchs contient une page entière de recettes pour soigner différents maux par la guimauve. 
La plante contient une forte quantité de mucilage dans les racines. C’est une matière visqueuse qui était utilisée pour faire épaissir les sirops de toux, les soupes et surtout une confiserie nommée « guimauve ». J’imagine que celle-ci devait avoir ainsi le goût de la guimauve. La sucrerie vendue aujourd’hui sous le même nom est fabriquée avec de la gélatine ou du agar-agar. J’ai trouvé une recette sur internet qui la parfume à la mandarine.

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Mon bouquet de plantes qui vivent en association avec la guimauve au bord de l’Huisne.  


Retournons à notre lieu de départ au bord de l’Huisne où nous trouvons la même plante sauvage dans son milieu naturel à côté d’autres plantes. Elle aime le sol frais et argileux, l’humidité, les bords des rivières et des fossés, même les prés salés.  Il faudrait faire une petite vidéo pour montrer l’association de plantes un peu étendue. Après quelques essais de photos qui ne me satisfont pas, j’ai décidé de faire un bouquet de toutes les plantes trouvées auprès d’elle. Je n’avais pas de gants, j’ai donc évité de toucher les nombreuses orties, cirses et ronces. J’ai également épargné les branches des peupliers, aulnes et frênes qui trempent leurs racines dans l’eau. Voici la liste des plantes que j’ai essayé d’identifier le 17 août 2020 : guimauve, prêle, armoise commune, salicaire, lycope, doronic, houblon, séneçon des marais, ray-grass, ivraie, carotte sauvage, pulicaire, eupatoire, cerfeuil, phalaris, potentille rampante, bardane, consoude. J’ai  aussi pris une petite branche d’aubépine avec ses beaux fruits. La liste serait certainement très différente au mois de mai par exemple. Beaucoup de plantes ont déjà disparu. Pourquoi me suis-je intéressée à l’association des plantes vivant au bord de la rivière avec la guimauve ? On entend beaucoup parler de  la phytosociologie ce dernier temps.  Cette science étudie quelle végétation domine à un endroit donné. C’est surtout l’écologie et l’économie qui en profitent. L’écologie pour contrôler si la biodiversité d’un site diminue ou augmente. A l’heure actuelle où nous entendons souvent que les espèces disparaissent, il paraît important de surveiller nos espaces verts. L’économie pourrait également être intéressée si on veut tester un site pour y mettre un parc, une exploitation agricole, un potager. La flore existante révèle alors les possibilités du sol. Bien sûr, mon exercice n’est que celui d’un amateur, mais ainsi renseignée, je pourrais voir dans deux ou trois ans si les bords de l’Huisne se portent bien. 

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Surprise au jardin de l’Abbaye de l’Epau


Le mur de l’Abbaye m’intriguait : aurais-je le même résultat de l’autre côté du mur sachant qu’un canal approvisionné par l’eau de l’Huisne entoure tout le parc de l’Abbaye ? J’ai donc payé mon entrée dans l’enceinte et au lieu de visiter les bâtiments monacaux comme d’habitude, je me suis sans détour dirigée vers l’angle nord-ouest du mur intérieur. Ma surprise !  Avant d’y arriver, j’étais arrêtée par un grand jardin potager au nord de l’Abbatiale, non loin du canal et du mur qui eux sont absolument inaccessibles à cause de deux obstacles : de hauts murs de ronce, puis un grillage qui doit protéger les visiteurs d’un parc à ruches d’abeilles. Je suppose que les créateurs du potager n’ont pas basé leur ouvrage sur une analyse de sol par l’association des plantes peuplant cet endroit. Tout le potager est basé sur la permaculture, de plates-bandes surélevées produisant de magnifiques légumes  qui n’ont pas souffert de la sécheresse. Un arrosage régulier puisant l’eau dans le canal a sauvé les plantes.

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 Le potager de l’Epau  

 Si j’avais un droit de conseil concernant ce potager, je demanderais qu’il reste tel quel,  avec des herbes folles sur les chemins, le parc à ruches dans une sorte de jungle, très sauvage, un peu comme les bords de l’Huisne. Mais je crains que dans quelques années, tout sera léché comme  si les moines du Moyen Age si sérieux et travailleurs venaient juste de partir !!!

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La guimauve mellifère


Pour conclure ma chronique je vous offre une dernière photo de la guimauve près du parc des abeilles. Elle a donc bien franchi le mur et s’est installée à l’intérieur du jardin de l’Epau. Elle nourrira les abeilles et apportera beaucoup de charme à ce lieu. A visiter absolument !

 SOLUTION DE LA DEVINETTE 41 
a été longuement exposée.
DEVINETTE 42  
Je vous montre deux photos de plantes de mon jardin qui ont bien supporté la chaleur. Vous devez me dire leurs noms botaniques en deux mots. C’est facile à trouver. Pas de panique. J’ai même fait une chronique sur la deuxième plante. Je numérote les lettres des deux noms botaniques en continu de 1 à 32. Vous écrirez des mots trouvés en- dessous des chiffres. Puis j’indiquerai l’enchaînement des lettres pour trouver le mot solution.  

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Plante N°1
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Plante N°2
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BONNE CHANCE !                                 Maren Graber :   maren.graber@sfr.fr