CHRONIQUE BOTANIQUE N°41: LE JARDIN DE LA MAISON DE L’EAU ET LE NENUPHAR JAUNE SUR L'HUISNE

       


Comme tout le monde se déconfine de plus en plus, je me suis dit qu’il était temps pour moi aussi de quitter mon bois, même s’il a acquis une certaine célébrité par le gentil voleur et sa cabane. Mon choix de promenade est tombé sur le jardin de la maison de l’eau et les chemins qui le relient à d’autres parties de l’Arche de la Nature.
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                    La fontaine de personnages dansants 

Le jardin pétille d’activités : au milieu du gazon une joyeuse fontaine de personnages farfelus nous accueille en lançant des jets d’eau en l’air ; à sa gauche l’éolienne Bollée, à sa droite la location des vélos et canoës. Au fond et relié par des bassins à l’Huisne se trouve l’ancienne usine des eaux, aujourd’hui “ la maison de l’eau ” qui nous apprend de quelle façon se faisait la distribution de l’eau autrefois et montre des machines de pompage impressionnantes. L’entrée se fait par un aquarium de poissons de      nos régions dont une grande partie vit aussi dans l’Huisne. Ce n’est pas pour rien que les pêcheurs apprécient ce cours d’eau.

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                    L’éolienne Bollée

Une passerelle enjambe l’Huisne. Nous sommes près de l’endroit où on puise notre eau potable, près de la nouvelle usine des eaux. A notre gauche s’ouvre une immense zone de prairies humides, longtemps inaccessibles. Au 18° siècle les moines de l’Abbaye de l’Epau  ont fait quelques essais d’assèchement des zones humides au moyen de canaux. De cette expérience il reste encore un joli petit pont bien restauré qui franchissait un canal.
 
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                                                                                                     Le pont des moines        
 Aujourd’hui une bande d’herbe de 2m est coupée sur la rive droite de la rivière, je suppose  pour que les pêcheurs puissent y accéder tranquillement. Mais il y a aussi des tables de pique-nique et même des barbecues. De l’autre côté de l’Huisne court le beau sentier très large qui mène à la ferme de la prairie et qui est fréquenté tous les jours par beaucoup de promeneurs, de joggeurs, de cyclistes et la carriole qui transporte les enfants de nos écoles, en visite à la ferme. Pour joindre le sentier il faut passer un gué cette fois-ci. Quelle réussite que l’Arche de la Nature !
 

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                                                                                   Feuilles et fleurs des nénuphars jaunes

En fait je n’avais pas d’idée bien arrêtée sur la plante à décrire dans cette chronique avant d’arriver ici. Mais j’étais rapidement attirée par de grands ensembles de feuilles et fleurs flottantes sur la rivière : les nénuphars jaunes. Et un souvenir d’enfance me vint ! Ces plantes couvrent aussi les bords des lacs qui s’enchaînent comme une guirlande autour de la Mer Baltique. Souvent nous traversions les zones de nénuphars jaunes en partant en canoë. Ce genre de plante aquatique, le nuphar lutea, pousse partout dans les lacs, les étangs, les canaux, fossés et rivières en Europe, sauf en Islande, dans les îles Féroé et au Spitzberg. L’important est que l’eau ait un débit lent, qu’elle soit fraîche et riche en minéraux.
Le nénuphar jaune est une plante vigoureuse qui s’ancre dans la vase jusqu’à 5 m au  maximum, le plus souvent à partir de 80 cm jusqu’à 2m. Elle ne possède pas de racines, seulement des rhizomes auxquels sont attachées les fleurs et les feuilles. Toute la plante est pourvue de cellules qui font entrer l’air et lui permettent de respirer. Les longues tiges sont même pourvues de tuyaux qui acheminent l’air jusqu’aux rhizomes. Les feuilles très fines couvertes d’une couche de cire ont une forme de cœur et sont parcourues de 28 nervures.   Etant donné qu’une seule feuille mesure déjà 10 cm, un ensemble couvre vite une grande surface et donne ainsi abri à un grand nombre de petits poissons et autres animaux aquatiques.
 

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Une planche de l’herbier de Basilius Besler
       
 J’ai eu un problème pour m’approcher et photographier les fleurs. J’ai cherché un endroit propice en longeant le cours d’eau jusqu’à la ferme, j’ai espéré qu’une des mares de la ferme porterait des nénuphars. Mais il n’en était rien ! Les talus de l’Huisne étant irréguliers, mous ou vaseux, et par-dessus le marché barricadés de hautes plantes, pour ne pas nommer les splendides orties, il est trop difficile de s’y tenir. Je n’ai pas cherché à tomber à l’eau ! Même le zoom n’a pas permis d’étudier la fleur correctement. Donc j’ai recours à une illustration pour vous montrer les fleurs : elles sont d’un jaune vif et assez petites, entre 12 et 30 mm de diamètre et finalement pas très nombreuses par rapport au grand nombre de feuilles. Cependant la floraison dure très longtemps, de juin à septembre. La composition de la fleur est très particulière. Les boutons sont complètement verts, puis en s’ouvrant, les 5 ou 6 sépales deviennent de plus en plus jaunes. A l’intérieur de la fleur se trouve une rangée de tout petits pétales, puis suivent de curieuses étamines en spirale, entourant le stigmate plat qui fait déjà deviner la forme du fruit.
J’ajoute un petit mot sur cette illustration de 1613. Elle fait partie du célèbre “ Herbier des quatre saisons “  de Basilius Besler, un apothicaire allemand qui fut chargé par son prince –évêque d’Eichstätt en Bavière de dessiner toutes les plantes de son jardin : 607 espèces sur 372 planches d’une rare beauté ! Le jardin a été reconstitué dans les années 1980 d’après cet herbier. La planche des nymphéas a l’avantage de vous montrer deux autres genres de la famille des nymphaeaceae, les nymphaea alba et candida, des fleurs sauvages, elles aussi mais beaucoup plus rares. Il y a aujourd’hui 60 genres connus  dans cette famille, de couleurs multiples et beaucoup de cultivars. Le lotus n’en fait pas partie, il est d’une famille proche, des nelumbonaceae.
 
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                Le petit fruit en forme de poire

Toutes les parties de notre nénuphar jaune sont toxiques, sauf les graines qui se développent en 15 carpelles. Il paraît que nos lointains ancêtres les faisaient griller pour les consommer, ce qui me fait penser aux noyaux ovulaires grillés du ginkgo biloba dont raffolent les Chinois (Chronique 36). On parle aussi d’une drogue se rapprochant du cannabis  qui aurait été produite à partir de la plante sans effets secondaires désagréables. En homéopathie elle est employée contre certains problèmes sexuels.

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                                                                                   L’aire de pique-nique, rive droite en zone humide

Aujourd’hui je suis retournée une dernière fois au bord de l’Huisne pour mes photos à l’aire de pique-nique près de la zone humide et j’ai dû constater qu’un ensemble de nénuphars avait été détruit. Deux morceaux de rhizomes flottaient à la surface, ayant été arrachés de la vase ainsi que les longues tiges de la plante. Tout était dans un grand désordre et abîmé. En faisant un tour du côté du sentier pour chercher un bâton, j’ai constaté qu’un ballon rouge était caché dans les grandes herbes près du talus creux. J’ai compris que les enfants ayant lancé leur ballon par malchance dans l’eau ont tout fait pour le retrouver : ils ont fouillé dans l’eau en cassant tout un biotope. Il est évident que le plaisir de manger et de jouer dans de telles zones devrait être assorti d’un respect absolu de la nature.

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                                Le rhizome repêché      
                        
J’ai trouvé mon bâton pour repêcher un bout de rhizome. J’ai fait très attention que personne ne me voie faire ! J’étais très étonnée de la légèreté de l’objet, possédant comme on l’a vu plus haut- beaucoup de cellules pour recevoir l’air. Je ne veux pas le détruire davantage et le conserve dans une bassine. Si quelqu’un a un étang ou une mare d’au moins un mètre de profondeur et voudrait y installer des nénuphars jaunes, je le donnerai volontiers. Envoyez-moi un mail. D’ailleurs la reproduction de la plante se fait surtout d’une manière asexuée, par arrachement des rhizomes. Donc finalement, l’acte des enfants n’est pas si grave, les intempéries, les grands oiseaux de l’eau – j’ai observé des hérons, toute sorte de canards, des poules d’eau – font certainement aussi le nécessaire pour éparpiller les rhizomes.
 
Maren GRABER

Nous allons poursuivre notre promenade à Arche de la Nature au mois d’août ; la devinette vous fera découvrir la plante choisie.
 
SOLUTION DE LA DEVINETTE 40
1. Lettre 8 liquidambar----m
2. Lettre 2  céramique------é
3. Lettre 6 pêches------------s
4. Lettre 1 aulne--------------a
5. Lettre 1 noisette----------n
6. Lettre 6  escargot---------g
7. Lettre 5  cèdre-------------e
 Voilà, il fallait trouver la petite mésange, oiseau joyeux de nos jardins.

DEVINETTE 41
 
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            La vache écossaise qui broute ma plante
 
Si vous voulez faire connaissance de cette vache, en ce moment elle broute sur la prairie tout près de l’Abbaye de l’Epau.
Elle mange une grande plante au feuillage un peu argenté et doux. Comment s’appelle-t-elle ?
Maren Graber