CHRONIQUE BOTANIQUE N°38 LE LIERRE, PRECIEUX OU ETOUFFANT ? UNE BALADE AUTOUR DU LAC DES SABLONS

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                                                                                                     La couronne de lierre
Le  lierre commun et arbustif (hedera helix) est une plante extrêmement fréquente en France, en Europe, la partie ouest de l’Asie et même en Afrique du Nord. Elle tient la troisième place parmi nos végétaux et pousse vraiment partout. Ceci me laisse un choix très libre pour notre balade. J’avais justement très envie de marcher autour du lac des Sablons. Beaucoup de gens courent ici, nous sommes près de l’île aux sports. On peut aussi faire du football, de l’athlétisme et même du canoë-kayak. Le lac est approvisionné en eau par  l’Huisne. Ce plan d’eau et les installations sportives datent de 1960. Avant cette époque l’endroit était exploité par des maraichères, mais à cause de la proximité de l’Huisne  les champs étaient souvent inondés. Donc l’idée de la création  d’un lac me paraît excellente pour résoudre ce problème et qui plus est nous offre des promenades au bord de l’eau.
 
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       Le portillon et la digue

Le point de départ est le parking du « Gué Bernisson ». D’abord nous marchons sur une digue entre l’Huisne et le lac. Sur les berges du lac ont été plantés des arbres qui aiment l’eau : des aulnes, saules, bouleaux et toutes sortes de peupliers. Ensuite nous traversons un petit pont avec un portillon, précisément à l’endroit où les eaux de la rivière se versent dans le lac.  A partir de ce moment nous sommes sur l’île aux sports et le portillon sera fermé le soir. Il y a une deuxième entrée de l’autre côté du lac près des grands immeubles des Sablons. Nous longeons maintenant les terrains de sport, bientôt cachés par des haies d’arbustes rustiques. Arrivés à la deuxième entrée de l’île, nous pouvons revenir au premier pont en suivant d’abord un canal par qui l’eau retourne dans l’ Huisne. Il faut descendre un petit escalier qui conduit sur une presqu’île où le club « rivières vivantes » entretient un chalet. A gauche du chalet démarre un chemin qui longe la boucle de la rivière autour de l’île aux sports. C’est un endroit absolument merveilleux ; il est à peine croyable que nous soyons si près de la ville. Seulement, évitez de faire cette promenade sous les grands arbres un jour de tempête.  
Ai-je oublié le lierre ? Mais non, Il nous a accompagnés partout, il se faufile dans l’herbe et il grimpe sur les saules, les aulnes, les peupliers et les rend verts en hiver.
 
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                                                                                          Le lierre nous accompagne autour du lac     
                         
 A la découverte du lierre :
*la botanique du lierre
* le lierre, un champion écologique
*le lierre nuit-il aux arbres ?
*la symbolique du lierre   
            
LA BOTANIQUE DU LIERRE
Hedera helix est la plante qui s’attache. Mais ce n’est qu’une partie de la plante, le lierre commun qui fait cela, il y a aussi le lierre arbustif, sa deuxième version. Quand la plante est jeune, elle possède des tiges souples qui s’accrochent partout avec des racines-crampons : elle rampe sur le sol, elle grimpe sur n’importe quelle surface : des troncs d’arbre, des murs, des poteaux. Bien installée sur un site, sa physionomie change : la plante développe une tige ligneuse et des branches, elle produit des feuilles différentes, elle commence à fleurir. C’est cette partie qu’on appelle arbustive. Tandis que les feuilles du lierre commun sont pourvues de trois ou cinq lobes, le lierre arbustif possède des feuilles ovales ou en forme de coeur. On peut observer ces deux morphologies du lierre chez tous les arbres autour du lac qui sont envahis… ou qui portent cette liane. Le lierre reste toujours une liane, même dans sa forme arbustive à 30 m de hauteur. La tige épaissit, mais elle ne fera jamais un tronc indépendant, elle restera cramponné à l’arbre. Les feuilles changent de forme mais elles sont dans les deux cas persistantes et recouvertes d’une couche de cire qui les protègent aussi bien en hiver contre le froid que pendant l’été contre le soleil.
 
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     Le chalet « rivières vivantes » avec une tige de lierre commun

La floraison et la fructification du lierre sont décalées par rapport à la plupart des plantes de nos régions. Fleurs en octobre, novembre, décembre, puis fruits bleu foncé au début de l’année. Cela peut se comprendre par l’origine de la plante. Nous avons récemment vu la reproduction sexuée primitive du ginkgo biloba, une réminiscence de l’ère secondaire de notre terre. Le lierre  aussi est une plante très ancienne, cependant plus récente que le ginkgo. Il est apparu au début de l’ère tertiaire, voici 66 millions d’année quand il faisait extrêmement chaud en été et très humide en hiver. Le lierre a placé sa reproduction dans cette dernière phase et l’a gardée jusqu’à aujourd’hui. Il serait alors bien préparé si notre climat changeait aussi radicalement qu’on nous l’annonce tous les jours ! Le lierre appartient à la famille des Araliacées et il est le seul genre de cette famille dans le climat tempéré. Tous les autres genres se trouvent dans les zones tropicales et subtropicales. Le genre comprend 11 espèces auxquelles les horticulteurs ont ajouté un grand nombre de cultivars.
 
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    Le bourdonnement dans le lierre arbustif en fleur

Bien que très ancien, le lierre est déjà une angiosperme, une plante à fleur. Le lierre arbustif produit des fleurs hermaphrodites regroupées en forme de boule : de nombreuses petites tiges portent des fleurs jaunes, odorantes et bourdonnantes. Bourdonnantes, car visitées par une foule d’abeilles, de papillons et d’autres insectes qui trouvent grâce à cette plante une bonne nourriture tardivement dans l’année. Ainsi fertilisés, les fruits apparaissent, une aubaine pour tous les oiseaux qui passent l’hiver chez nous, ainsi que pour de plus grands animaux comme le renard par exemple. Le fruit est une drupe dont le noyau se divise en cinq compartiments à graines qui sont dispersées partout par les oiseaux.

LE LIERRE, UN CHAMPION ECOLOGIQUE
Nous avons déjà nommé quelques qualités du lierre qui favorisent la biodiversité : le nectar de ses fleurs et la saveur de ses fruits nourrissent tant d’animaux. Julien Hoffmann, rédacteur en chef de « Défi- Ecologie » a compté 235 taxons d’insectes différents qui vivent de cette plante. Mais elle fait plus que nourrir, elle abrite aussi entre ses branches toujours vertes beaucoup d’animaux, à commencer par certaines chouettes tout en haut des arbres. Elle loge également l’écureuil, le merle, la grive, le rouge- gorge et de nombreuses chrysalides de papillons … pendant l’hiver.
 
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               Les fruits du lierre arbustif

« Défi-Ecologie » conseille aussi la végétalisation des façades par le lierre, en installant d’abord un système de câbles et de treilles pour aider la plante à grimper et permettre une bonne ventilation. Cette méthode serait parfaite pour des façades aux enduits lisses, à éviter pour les murs en briques où le lierre détruirait le mortier. Le lierre protègerait ainsi les maisons contre les UV et baisserait leur température  d’une manière significative en été, comme il les isolerait contre le froid.
Le lierre peut aider à la dépollution. Il absorbe des métaux lourds, le plomb et le cadmium. Les feuilles persistantes qui tombent doivent être isolées et ne pas être mises au compost pour ne pas retourner dans la terre. La plante a aussi une très grande possibilité d’absorption de CO2, plus que le double de la vigne vierge par exemple.
Contenant les substances très toxiques, les saponosides, le lierre a une très grande force dégraissante. On pourrait l’utiliser pour faire la lessive. Julien Hoffmann donne la recette pour préparer le détergent : 100 g de feuille de lierre seront bouillis dans deux litres d’eau pendant 10 mn. Il nous prévient cependant que le linge restera grisâtre, hélas…tout en étant propre !
 Les feuilles et des fruits du lierre sont toxiques pour l’homme.  Néanmoins tous deux sont utilisés en pharmacopée pour des médicaments contre la toux et d’autres troubles respiratoires.
 
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       Un tronc d’arbre envahi par de grosses tiges de liane

LE LIERRE NUIT-IL  AUX ARBRES ?
Après  cette longue liste des bienfaits du lierre dans l’écologie et la biodiversité, je me permets de parler de quelques observations lors de mes promenades en forêts et au bord de l’eau : dans la forêt de l’Arche de la Nature, j’ai trouvé des arbres sur lesquels les grosses tiges feutrées du lierre arbustif étaient sectionnées au niveau du sol. Le résultat : le lierre meurt et reste accroché à l’arbre. Très vite le lierre commun repousse dessus, mais mettra du temps, peut-être des années pour effacer cette laideur. Les intervenants ont dû se dire que certains arbres ne  peuvent plus respirer quand tout son tronc est couvert de ces énormes tiges de lierre. Cependant, malgré sa fixation au tronc, le lierre n’est pas un parasite comme par exemple le gui (chronique botanique N°22) qui puise sa nourriture dans la sève de l’arbre. Mais toutes ces grosses tiges de lianes concurrencent l’arbre en lui dérobant des nutriments dans le sol. Elles l’affaiblissent forcément. De même les branches et le feuillage développés par le lierre pèsent lourd sur les rameaux de l’arbre. Très nombreuses sont les branches tombées couvertes de lierre.
 
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        Une branche d’aulne brisée
 Sur ma photo vous voyez une branche d’aulne couverte de lierre qui  n’a pas résisté et qui est tombée dans le canal, la moitié du petit arbre ! Malgré tout, je pense qu’une lutte contre le lierre sur les troncs  d’arbre serait impossible vu sa présence générale. Il doit y exister un bon équilibre dans la nature, sinon nous n’aurions depuis longtemps plus d’arbres, ni de forêt. Réjouissons-nous plutôt que cette plante nous vienne en aide et fasse même en hiver sa photosynthèse !

LA SYMBOLIQUE DU LIERRE 
Le lierre a aussi un langage… un langage symbolique. Un jour j’ai été invitée à un mariage où la salle de fête était décorée entièrement de guirlandes et couronnes de lierre. Le jeune couple avait voulu ce symbole du lierre très fort : « Je meurs ou je m’attache » ! Donc la plante est l’image de la constance et de la fidélité éternelle.
Chez les Grecs, les couronnes de lierre étaient tressées aux meilleurs poètes. Dommage que cela n’est plus la coutume aujourd’hui ! Il y a eu cependant au début du 19° siècle un poète allemand, Friedrich Hölderlin qui évoquait fréquemment le lierre dans ses poèmes : quand le lierre monte à sa fenêtre ou quand le poète est entouré de lierre à la lisière d’une forêt. Il reprend l’image des Grecs : le lierre distingue le poète. D’ailleurs, les représentations du Dionysos grec et du Bacchus latin sont  couronnées de lierre. Doit-on voir dans leurs fêtes enivrantes l’origine de la poésie ?    
       
SOLUTION DE LA DEVINETTE 37
Il s’agit de cônes du pin de l’Himalaya (Plusieurs exemplaires sont plantés au parc de Gazonfier). Il existe une autre espèce très proche, le Pin de Weymouth dont les fruits sont juste un peu moins longs.
 

DEVINETTE 38
 
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Quel est cet arbuste qui fleurit très tôt dans les haies rustiques sur l’île aux sports ?