CHRONIQUE BOTANIQUE N°37 LE VIEUX CEDRE AU PARC MARTIN LUTHER KING

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                        Le vieux cèdre dans son espace étroit

Un espace vert relativement restreint, caché par des immeubles et un mur ancien, situé au quartier de l’Epine vous réserve une surprise de premier ordre : un immense cèdre sculpté par le temps ! On se sent si fortement attiré par lui qu’on oublie les autres arbres du parc, même le grand thuya aux branches bizarrement courbées. Comment ce cèdre a-t-il fait pour être là, à un endroit aussi banal de notre époque, lui, le vénérable géant dont les grosses branches latérales forment une magnifique coupe qui entoure deux hauts troncs principaux ? Un vaste ensemble de rameaux portant de belles aiguilles et cônes couvre la sculpture d’une circonférence de 8,60m. Une image de force, d’élégance et de santé !
A LA DECOUVERTE DU CEDRE :
*les trois ou quatre choses qu’on sait ou ne sait pas sur son histoire
* sa botanique
* son pays d’origine
*une décoration avec ses cônes pour combattre la grisaille de l’hiver 
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  La ramure de l’arbre séculaire

QUE SAIT-ON DE LUI ?
Au fond ancien de la médiathèque, je n’ai trouvé que deux documents qui parlent du cèdre : un livre sur les arbres remarquables en Sarthe et une plaquette très modeste écrite dans les années 1980 sur le quartier de l’Epine. Notre cèdre n’est pas un « arbre remarquable », il ne mérite aucun chapitre dans ce livre, mais curieusement, sa photo  sert d’illustration à la préface. Mystère ! Il faudrait connaître la bonne personne pour nous aider à le faire classer » arbre remarquable », car sans aucun doute, il l’est !
 La brochure explique que le quartier de l’Epine, blotti dans le triangle formé par la rue de St Aubin et la rue de Degré, était très peu construit jusque dans les années 1950. Elle mentionne quatre propriétés et parle de deux vestiges : justement du cèdre comme le plus ancien, âgé de plus de 200 ans et du » château de l’Epine » construit à la fin du 19° siècle. Après une  promenade dans le quartier, j’ai exclu que le cèdre ait pu se trouver dans le parc de ce château tout de même de 100 ans son cadet. Le parc aurait dû être immense, car la distance  entre les deux est de 500 m au moins. 
 
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"Le château" de l’Epine
 
 Malgré tout, je vous montre une photo du « château » aujourd’hui. Vous le trouverez facilement, route de Degré en face de l’arrière de l’hôpital. Il semble être désaffecté et se dégrader. En effet, il est entouré d’un grand parc qui sert aujourd’hui de terrain vague pour stationnement de voitures. Dans ce terrain se trouvent de très beaux arbres en péril dont un grand cèdre centenaire qui va nous servir de comparaison plus loin.
Donc, notre cèdre vestige faisait partie d’une des autres trois propriétés du triangle qui ont été transformées dès les années 1970. Il a été entouré d’immeubles et de maisonnettes  mitoyennes. Un espace étroit lui a été accordé, il peut survivre. Lors de mes visites, j’ai pu constater que les habitants des immeubles ou du quartier sont fiers de lui, il leur appartient.
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                      Cône femelle d’un an
 
LA BOTANIQUE DU CEDRE
Ce cèdre du parc Martin Luther King –cedrus libani- appartient au genre cedrus et à la famille des pinaceae, et comme le gingko au Gymnospermes. Les botanistes ne distinguent aujourd’hui plus  que deux espèces de cèdres : celui de l’Himalaya –cedrus deodara- et celui du Liban. Ce dernier est extrêmement proche des cèdres de l’Atlas et de Chypre, on les considère  comme trois variétés du cedrus libani.
L’arbre porte des cônes mâles et femelles. Une fois le petit cône femelle fertilisé par le pollen, les cônes males vides tombent et forment un tapis doux sous l’arbre. Le petit cône femelle commence à grandir et arrive à sa taille définitive au bout d’un an. Cependant, ses écailles entre lesquelles se développent des graines ailées restent encore hermétiquement fermées. Le cône d’un an se distingue du cône mûr et marron par sa couleur vert pâle avec des traînées de résine blanche.
 
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                        cône femelle mûr

 Après une deuxième année de maturation et pendant des périodes de sècheresse, les écailles s’ouvrent et libèrent les graines. Celles-ci sont innombrables et même si vous ramassez des bouts de vieux cônes et si vous les gardez des années, vous en trouverez toujours. Les graines ont besoin de grand froid et de neige pour germer. Il est peu probable que ça se produise en Sarthe. Par temps humide les cônes se désarticulent. La partie supérieure tombe et ressemble à une jolie fleur sèche, puis peu à peu, tout le cône se désarticule et il ne reste à la fin que l’axe central sur l’arbre. On remarque des dizaines et des dizaines de ces bouts de bois pointus sur l’arbre.
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  De gauche à droite : cônes mâles vides --écaille et graines ailées-- désarticulation 
 
Les aiguilles sont joliment regroupées par petits bouquets de quelques dizaines et placées sur de petites tiges. Les aiguilles sont d’une couleur semblable au sapin, d’un vert lumineux. Toutes les parties de l’arbre sont odorantes, contiennent des huiles essentielles utilisées en aromathérapie et contre les mites. La surface de l’écorce est très fortement craquelée aux parties très anciennes, plus finement aux branches moins âgées. Elle est couverte de mousse et attire des punaises rouges en grandes quantités.
L’arbre est entouré d’une clôture de rondins pour faire respecter son terrain : ne pas compacter la terre autour de lui pour qu’elle reste au contraire légère au-dessus de ses racines. Un mulching agréable s’y décompose fait de cônes mâles, d’écailles de cônes femelles qu’on a mélangés avec les feuilles de tilleul et d’autres feuillus du parc. Toutes sortes d’herbes folles  se partagent le terrain avec des champignons, ces bons compagnons des arbres.
Il faut encore observer certaines transformations impressionnantes des cèdres, celle de leur cime  et plus tard de leurs branches latérales. Un spécialiste forestier des cèdres libanais  explique : quand un cèdre arrive à 8 m, il ne parvient plus à transporter l’eau dans la pointe de l’arbre. Elle meurt et le haut du cèdre s’aplatit progressivement, devient tabulaire. Très longtemps le cèdre reste avec des branches latérales pyramidales. Seuls les très vieux arbres montrent d’étonnantes déformations. Le cèdre centenaire près du château de l’Epine  a commencé son sculptage pour  relever ses branches, quand rattrapera-t-il son vénérable aïeul ?        
 
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                    Drapeau du Liban

LE PAYS D’ORIGINE
 Le Liban est le pays d’origine du cèdre, mais  nous le trouvons aussi en Syrie, en Turquie et à Chypre. Il est l’emblème même du Liban, il est représenté sur ses pièces de monnaie et son drapeau. Pendant l’antiquité, le Mont Liban était couvert de ces arbres qui faisaient la richesse du pays. Son bois, réputé imputrescible, fut utilisé pour construire les bateaux des Phéniciens et Egyptiens. La Bible relate que le temple de Salomon possédait une charpente en bois de cèdre. Il est également dit que beaucoup d’édifices religieux ont des linteaux de portes construits en bois de cèdre à cause de sa capacité à résister aux tremblements de terre. Déjà au temps de l’empereur Justinien on signale la première pénurie de ce bois. D’autres ont suivi….surtout après la 2° guerre mondiale les forêts sont surexploitées. Le Liban doit aménager des zones protégés, la réserve  « des Cèdres de Dieu » est accueillie sur la liste du patrimoine mondiale de l’Unesco, on reboise là où autrefois existait une forêt spontanée.
Mais un tout autre phénomène, aujourd’hui dans toutes les bouches, inquiète les Libanais, celui du réchauffement climatique. Le Cèdre vit très haut à la montagne jusqu’à 1800 m, il a besoin de froid et de neige pour se régénérer et prospérer. Heureusement, pour le moment, le Proche Orient n’est pas encore trop concerné par le problème, mais ça pourrait changer.
Pour ce qui est des nombreux cèdres d’Europe, le premier a été planté à Kew Gardens au 17° siècle. Un siècle plus tard, Bernard de Jussieu, responsable du jardin du Roi, est allé en Angleterre pour en rapporter deux plants de cèdres dans son fameux chapeau ! Personne ne connaît la vérité. Est-ce par vénération des petits arbres qu’il les a mis dans son chapeau ou par malheur parce qu’il avait cassé le pot qui les contenait ? En tout cas, ce voyage a eu lieu en 1734 et le premier cèdre fut planté au Jardin des Plantes à Paris. Beaucoup d’autres ont suivi, aussi celui du parc Martin Luther King au Mans, à peu près 60 ans après celui de Monsieur de Jussieu.
 
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                   Décoration aux jolies fleurs sèches ?

UNE DECORATION CONTRE LA GRISAILLE D’HIVER
Ma  voisine m’a offert un jour ces jolies fleurs sèches (tombées de son cèdre à la première phase de désarticulation des cônes) avec lesquelles je vous ai composé une décoration pour l’heure du thé. Quand il fait sombre dehors pendant les journées de pluie et de brouillard, la lumière d’une bougie fait du bien. Je n’ai allumé qu’une seule et la plus haute des bougies !  Je sais combien les Français craignent les incendies. Surtout pas d’arbre de Noël avec de vraies bougies ! Impensable ! Mais vous profiterez  au moins de la couleur des autres bougies.   
 
SOLUTION DE LA DEVINETTE 36
Il s’agissait des courges « potimarron » et « butternut »

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Quel autre conifère porte ces cônes ?