CHRONIQUE BOTANIQUE N° 36 LE GINKGO BILOBA AU PARC BANJAN

       
 
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             Le ginkgo devant sa cabane au parc Banjan
Je pense que vous avez maintenant tous fait la petite balade parmi les beaux arbres du parc Banjan ou bien vous y avez fait courir les petits-enfants pendant les vacances de la Toussaint. Je tiens ma promesse et vous y invite une deuxième fois pour vous présenter un arbre mythique : le ginkgo biloba. Le parc en possède trois, toujours près d’une cabane, les deux premiers après l’entrée des Maillets, le troisième au milieu du parc non loin de l’aire de jeux. J’ai attendu le moment propice où l’on comprend facilement pourquoi il porte le nom  «l’arbre aux 1000 écus ». Son beau feuillage a pris sa couleur d’automne et bien que les feuilles ne soient pas rondes, on peut y voir un ruissellement de pièces d’or. Certains l’appellent aussi «  l’arbre aux 40 écus » d’après le prix très fort payé en 1780 par un riche collectionneur parisien pour seulement cinq petits ginkgos.
 
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                                                                                                         Un ruissellement de 1000 écus
 Les  ginkgos du Banjan ont été plantés voilà 46 ans mais certainement déjà à une bonne taille, car tels qu’on les voit, on leur donne facilement 60 ans et on estime leur hauteur entre 10 et 15 m. Ils vont pouvoir atteindre  les 30 m vers la fin du 21°siècle. Les arbres sont très bien développés, étendant leurs branches régulièrement tout autour du tronc. Leur beauté nous réconcilie quelque peu avec tous les anciens ginkgos du Mans qui ont dû faire place à des constructions, fouilles et restaurations pour ne nommer que ceux, certainement centenaires, devant le chevet de la cathédrale et à côté de la chapelle de l’Oratoire.Quand nous entendons le nom du ginkgo, trois idées nous viennent à l’esprit tout de suite :
Le ginkgo est un « fossile vivant »
Le ginkgo a une reproduction sexuée compliquée.
Depuis des millénaires et encore aujourd’hui, le ginkgo est utilisé en pharmacopée.
Le ginkgo est un des plus anciens arbres à être venu jusqu’à nous. Il a fait son apparition au Jurassique (voici 190 millions d’années) où il faisait partie d’une grande famille de 18 genres qui étaient répandus sur toute la terre. Ils n’ont pas résisté à la crise du Crétacé (65 millions d’années).  Les botanistes européens ont connu les fossiles de ces arbres avant la découverte de la seule espèce qui nous soit restée. Voilà pourquoi Linné l’a nommé  « fossile vivant ». C’est bel et bien le ginkgo biloba L. qui tire son épithète des deux lobes de sa feuille. Et même si les horticulteurs d’aujourd’hui ont créé beaucoup de différentes variétés de ginkgo, ce ne sont que des variations d’une même espèce.
 
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      Variétés horticoles et fossiles de ginkgo  tiré d’un article de B.et L.Gillet, propriétaires des jardins Florilège en Belgique. (N°107 de la revue « Hommes et Plantes » ) 

Cet arbre des temps mythiques a survécu dans les monts Dalou au sud-ouest  de la Chine où l’on peut encore l’admirer à l’état sauvage dans de grandes forêts primaires jusqu’à 2250 m d’altitude. Il y a survécu aussi à la dernière glaciation. Cependant, les chercheurs ignorent s’il se reproduit encore spontanément. Depuis des millénaires (c'est-à-dire de histoire humaine où on ne compte plus en millions d’années !), cette unique espèce de ginkgo rescapée a été plantée près des fermes et des temples en Chine et au Japon. Et c’est certainement ainsi que  l’arbre a été sauvé. On a commencé à le bouturer, greffer et diffuser. Par une compagnie commerciale hollandaise, il est arrivé en Europe au 18°siècle et a été planté dans les jardins botaniques les plus célèbres, à Utrecht, à Padoue, à Milan, à Weinheim, aux Kew Gardens, à Vienne, à Montpellier et au jardin des plantes à Paris. En espérant qu’il se reproduise tout seul dans ces jardins, on a greffé une branche d’arbre femelle aux arbres mâles.
 
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                 Rejet d’un ginkgo au parc Banjan.
Au pied du ginkgo, j’ai trouvé deux petits rejets avec des feuilles bien différentes que celles qui poussent sur ses branches. Nous retrouvons certaines formes parmi les ginkgos horticoles montrés sur la photo plus haut. Ceci veut dire que la polymorphie des feuilles de  ginkgo a amené les horticulteurs à créer de plus en plus de variétés. D’ailleurs leurs créations ne concernent pas seulement les feuilles, mais aussi les formes de l’arbre. Il existe des ginkgos parasols, pyramidaux, pleureurs etc.
Etant donné que le ginkgo appartient aux gymnospermes- aux plantes dont l’ovule est nu- pendant longtemps on a rapproché le ginkgo des conifères, car eux aussi se classent dans cette catégorie. Mais le ginkgo a de vraies feuilles caduques. Cependant quand on regarde la structure de ses nervures, on constate qu’elles sont toutes parallèles et convergent toutes vers le pétiole. On pourrait imaginer qu’une multitude d’aiguilles est accolée ainsi. Mais ce qui le distingue des autres gymnospermes, c’est sa reproduction sexuée compliquée et unique. Elle n’a apparemment pas changé, elle ne s’est pas adaptée, ni développée depuis la nuit des temps. Donc une deuxième raison pour appeler le ginkgo « fossile ».
 Nous savons déjà qu’il y a des arbres mâles et femelles. Les mâles développent des chatons au printemps qui dispersent leurs pollens sur de très longues distances. Ils doivent rencontrer des ovules très exceptionnels. Je n’en avais jamais vu jusqu’à un voyage à Padoue cette année. Ils pendaient de petits arbres d’alignements ; on aurait dit de magnifiques prunes Reine Claude. Je les ai photographiés sans trop me permettre d’enlever les feuilles qui les cachaient. Il faut donc bien regarder pour les distinguer.
 
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                                                                                                                   Ovules de ginkgo
Ces ovules qui ne sont en aucune manière des fruits, possèdent une petite fente par laquelle le pollen peut entrer. Il est capturé par une petite goutte  d’un liquide qui se rétracte, l’entraine à l’intérieur et referme le pore. Le pollen va germer à l’intérieur de « la prune » qui contient aussi un noyau dans lequel se développe la partie femelle sous l’influence d’une hormone sécrétée par le pollen. Ces deux parties, mâle et femelle, bien séparées encore, s’appellent des prothalles. La fertilisation n’a toujours pas lieu. Après la chute des feuilles en automne, les ovules tombent aussi, la peau extérieure se froisse, les prothalles continuent toujours leur évolution. En début d’hiver, le prothalle  mâle produit enfin des spermatozoïdes et la fécondation peut avoir lieu. L’embryon, la graine, ainsi créée, va se développer sans arrêt et sans repos  jusqu’à germer dans la terre au printemps. Mais étant donné que l’embryon est apparu au bout de huit à dix mois et à la mauvaise saison, il a peu de chances de survivre. Ceci montre en comparaison avec les gymnospermes plus évolués, les conifères par exemple et encore plus avec toutes les angiospermes qui protègent leur embryon, combien la reproduction du ginkgo est aléatoire. On comprend que les arbres aujourd’hui plantés sont en grande majorité des greffes et des boutures. 
 
 
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    Le ginkgo comme arbre d’alignement dans la rue des Maillets.
A Padoue j’ai bien photographié un arbre d’alignement et ses ovules, donc un arbre femelle. Ceci est extrêmement rare aujourd’hui, car en Europe on craint la chute des ovules. La flétrissure  et la décomposition de leur peau sont accompagnées d’une  vilaine odeur de fromage trop fait. On plante alors plutôt des arbres mâles pour garder les trottoirs propres et l’air respirable. En Chine, on plante souvent des arbres femelles, mais j’ose supposer plutôt dans les jardins parce que les gens aiment grignoter le noyau de l’ovule comme si c’était une amande. Le choix du ginkgo comme arbre d’alignement se fait aussi pour d’autres qualités que sa seule beauté. Il est extrêmement résistant à tous les problèmes d’environnement. Il était même le premier arbre à réapparaître après l’explosion nucléaire d’Hiroshima. Son tronc développe et sécrète une substance qui le protège contre le feu au-delà de 80°. On raconte même cette histoire extraordinaire: En 1923, un temple au Japon a été sauvé du feu parce qu’il était protégé par un alignement de ginkgos.
Depuis 5000 ans, les Chinois utilisent les feuilles de ginkgo en tisane et les noyaux  ovulaires bouillis ou grillés comme remontants. De même, nos pharmacies d’aujourd’hui vendent toutes sortes de produits à base de ginkgo comme stimulants. Cependant, les scientifiques sont très partagés concernant l’utilisation du ginkgo pour soigner telle ou telle maladie. Ils précisent que la plante contient 10 000 substances actives dont ils sont loin d’avoir analysé tous les bienfaits ou matières à bannir. J’aimerais citer une expérience personnelle. J’ai rencontré  au fil des décennies les mêmes comprimés (extraits raffinés de feuilles de ginkgo) d’abord pour stimuler la circulation sanguine des jambes, puis contre les acouphènes et encore contre les petits troubles de la mémoire. J’attends avec curiosité quel autre bobo ils seront capables de guérir. Ou est-ce simplement la force et la résistance de l’arbre qu’on voudra absorber ainsi ?
 
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    Feuilles du ginkgo     
Pour finir ma chronique je voudrais vous présenter un des plus célèbres poèmes de Goethe,  le « Ginkgo Biloba ». Il date du début du 19° siècle où les Allemands comme tous les Européens étaient passionnés de plantes exotiques.  Quand on visite Weimar on est en prise avec les dons botaniques du grand homme et surtout du ginkgo dont la feuille bilobée l’a inspiré.
 
 
Dieses Baumes Blatt, der von Osten           La feuille de cet arbre, que L’Orient
Meinem Garten anvertraut,                          A mon jardin a confié                                            
Gibt geheimen Sinn zu kosten,                    Donne à goûter un sens secret                        
Wie’s den Wissenden erbaut..                                 Que l’initié apprécie
Ist es Ein lebendig Wesen,                                 Est-ce un seul être vivant
Das sich in sich selbst getrennt?                        Qui en lui-même se sépare?                                      
Sind es zwei, die sich erlesen                           Est-ce deux êtres, qui si bien se cherchent      
Dass man sie als Eines kennt ?                        Qu’on les croit ne faire qu’un?       
Solche Frage zu erwidern,                                 Pour répondre à cette question,                                 
Fand ich wohl den rechten Sinn                          Voilà que j’ai trouvé le sens juste
 Fühlst du nicht an meinen Liedern,                    Ne sens-tu pas à mes chants,                                 
Dass ich Eins und doppelt bin ?                             Que je suis et Un, et double ? 
 
Johann Wolfgang von Goethe
      Traduit par Claire Placial    
 
  
SOLUTION DE LA DEVINETTE 35
Il s’agissait du sureau noir sambuctus nigra (caprifoliacées)

DEVINETTE 36

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                                                             Retour à la fête EC&J 2019: A ce beau stand de roses, on vendait aussi des légumes. Lesquels ?