CHRONIQUE BOTANIQUE 34 LES HERBES FOLLES DANS LA VIEILLE VILLE

CHRONIQUE BOTANIQUE 34  LES HERBES FOLLES DANS LA VIEILLE VILLE

Soyez rassurés, mon sujet d’aujourd’hui ne sera ni absurde, ni farfelu, plutôt un peu poétique. Je me souviens bien que mon fils avait un jour à étudier un poème dans lequel l’auteur utilisait l’image des herbes folles. Quand nous nous promenions, nous observions les graminées pour trouver celle qui nous paraissait le plus correspondre à ce terme, une herbe haute, très ramifiée, portant des graines noires, tremblant au vent, symbolisant je ne sais quel état mélancolique…Les herbes folles dont je vais vous parler aujourd’hui sont beaucoup plus concrètes, beaucoup plus variées aussi.
 
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 Départ de la balade au jardin du bicentenaire

Le samedi 8 juin, nous avons fait une promenade dans les rues de la Cité Plantagenêt avec le botaniste M. Francis Zanré qui nous a expliqué et nommé les plantes sauvages qui poussent entre les dalles, dans les murs et tous les interstices entre rues et maisons. Je vous entends dire « ah bon,  les mauvaises herbes » !
 
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Laiteron rude/Sonchus asper/indigène

 Justement, à partir de maintenant, nous allons éviter la notion « mauvaise » et nous réjouir de les posséder encore, à un moment où on nous répète sans cesse que des milliers d’espèces vont s’éteindre de plus en plus vite ! Nous ne les aimons pas comme les roses. Elles nous dérangent parfois un peu, elles sont des folles avec lesquelles il va falloir vivre ! Ce qui est réellement poétique, c’est qu’elles sont des vagabondes qui ont échoué par hasard à ces endroits si peu préparés à les accueillir. 
 
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 Pissenlit/ Taraxacum officinale aggr./ indigène Pariétaire officinale/Parietaria officinalis L./ indigène

Depuis trois ans, les responsables des espaces verts du Mans ont abandonné les traitements chimiques, depuis trois ans, cette flore sauvage a pu se développer dans notre ville. J’observe dans mon quartier que les parterres sont très souvent envahis par les herbes folles. On attend jusqu’à ce que les jardiniers aient le temps de les retirer. J’ai constaté  qu’elles peuvent même très bien s’intégrer dans un parterre composé avec beaucoup de goût.
 
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Deux fougères : la rue des murailles/ Asplenium ruta-muraria L. / indigène  et la doradille/ Asplenium trichomanes L./ indigène
 

Les herbes folles font beaucoup de bien surtout dans la vieille ville où les jardins sont plus petits : elles font baisser la température les jours très chauds, absorbent des gaz à effet de serre, dépolluent l’eau et le sol.  
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 Orge des rats/Hordeum murinum L./ indigène
 

Voilà  trois ans aussi que M. Zanré a commencé ses recherches sur les sauvages dans les rue du Mans : Il a parcouru 60 km et relevé 5000 donnés depuis. Pour ce qui est de la vieille ville,  deux relevés de 3h en août 2018 et en juin 2019  ont apporté 210 données et 98 taxons sans compter deux fois la même espèce.
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  Grande Camomille/ Tanacetum parthenium/naturalisé/ avec Brom /Bromus diandrus (sec)

 Le botaniste nous met à l’aise en nous donnant d’abord le nom vernaculaire des plantes. Mais tout de suite après, il va les traduire en langage botanique, en latin ou grec, ou un mélange des deux. Ces noms sont composées de deux mots, le genre d’abord, puis la précision pour l’espèce, une invention de Linné. (Tanacetum= le genre/ parthenium= l’espèce ) Nous connaissons aussi T. vulgare.
 
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  M. Zanré identifie deux graminées

 Linné a beaucoup travaillé, mais il a laissé du travail à ses successeurs. Le botaniste ajoute au nom botanique le nom de la personne qui a décrit la plante pour la première fois. M. Zanré nous a préparé une feuille avec les espèces trouvées dans la vieille ville. Elle nous donne les noms des plantes, la personne qui les a décrites ainsi que 4 catégories de plantes :
* les accidentelles qui ont été introduites involontairement. Elles sont fugaces.
*les indigènes dont la présence est antérieure à 1492
*les naturalisées dont la présence est postérieure à 1492
*les subspontanées qui ont été introduites volontairement plus récemment..
 
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 Giroflée/ Cheiranthus chein (L.) Crantz/archéo-naturalisé

Naturellement, avec un groupe de non-spécialistes et par-dessus le marché par temps de pluie, nous n’avons vu que quelques 40 taxons en deux heures. Aussi je n’ai pu tout photographier ; je ne vous présente que peu d’exemples. C’est pour vous donner envie de participer à la prochaine balade.
 
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 Figuier commun/ Ficus carica/subspontané

Le botaniste nous  parle aussi de plantes sauvages qu’on a trouvées autrefois dans les céréales produites par les fermiers : parmi elles se trouvaient des plantes dangereuses, toxiques, la nigelle du blé par exemple.
 
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Vergerette de Sumatra/ Conyza sumatrensis(Retz) E.Walker/ naturalisé/  et        Ruines de Rome/Cymbalaria muralis Gaertner, Meyer et Scherb/ archéonaturalisé 

 Pour avoir des graines de blé pures et propres, on a commencé à traiter chimiquement les champs de blé, de même les légumes. Les agriculteurs Bio  renoncent aujourd’hui à la chimie, mais on leur demande de livrer des produits propres, sans graines de plantes sauvages, autrement ils auraient de sévères abattements. Il faut donc beaucoup  inventer ; il faut des techniques de production sans chimie. Surtout la permaculture essaie de trouver des solutions.
 
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Centranthe rouge/ Centranthus ruber (L.) DC./ subspontané

On appelle cette plante aussi la valériane des murs. Elle est en effet de la famille des Valérianacées et on la trouve dans beaucoup de murs de châteaux, vieux ponts, remparts, le long des voies ferrées. D’origine méditerranéenne, elle aime les endroits bien exposés au soleil. Ses feuilles peuvent être consommées. Les extraits des racines aident à résoudre des problèmes gastriques.
 
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  Herbe aux verrues/ Chelidonium majus L./indigène  

Rares sont les personnes qui n’ont pas essayé de badigeonner une verrue avec le latex jaune de cette plante et qui en sont venues au bout ! Ce liquide est donc toxique, il faut veiller à ne pas l’exposer au soleil. Il peut provoquer des brûlures. M. Zanré attire notre attention sur le fait que beaucoup de fleurs sont jaunes, une couleur qui est bien distinguée par les abeilles.
 
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   Rince-bouteille/ Callistemo p-ê rigidus R.Br./ accidentel, echappé de jardin.

Voici une surprise : une plante australienne dans un mur de la vieille ville. Un accident. Jusqu’à alors, nous n’avons pas entendu qu’elle appartienne au groupe des plantes invasives.
 Il y en existe pourtant dans la vieille ville : l’impatiente glanduleuse pousse au Potagenêt. Mais elle est jolie et on arrive à la dominer. De même pour la Phytolacca ; elle envahit les forêts de l’île de France et a été déclarée « peste végétale » par de UICN. Au Mans cependant, elle ne présente pas de danger pour le moment.
Le Museum National d’Histoire Naturelle qui  a pour mission d’être renseigné sur la répartition des espèces en France, nous encourage à participer à l’inventaire de la flore de nos villes. Il a fait publier un livre pour nous y aider : « Sauvages de ma rue » en est le titre, c’est un guide des plantes sauvages des villes de France.
L’association Tela Botanica  aussi développe de tels projets. Vous pouvez vous faire envoyer leur lettre d’information une fois par semaine.
https://www.tela-botanica.org.  L’association avait 46474 telabotanistes, 856518 observations, 25 façon de participer quand j’ai regardé leur site la dernière fois.
*La vignette représente l’épervière des murs/ Hieracium murorum/indigène/
 
 
SOLUTION DE LA DEVINETTE 33
Josiane a acquis un oranger côtelé.
 
DEVINETTE 34

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Cette jolie touffe pousse dans la muraille gallo-romaine dans l’angle de la tour Madeleine.
Ses noms vernaculaires et botaniques sont demandés. Elle est subspontanée.