CHRONIQUE BOTANIQUE N°33 : LE JARDIN PARTAGE D’YZEUVILLE

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               Le Jardin partagé d’Yzeuville

Parmi les 14 jardins partagés dans la Communauté Urbaine du Mans, trois sont situés sur les chemins que j’emprunte souvent et qui ont suscité ma curiosité, voire mon admiration : celui du MJC Prévert en bas du parc Banjan, un deuxième le long de l’Huisne aux Sablons et celui d’Yzeuville. J’ai décidé de rendre visite au troisième, ayant rencontré des personnes qui participent à sa création et en parlent avec beaucoup d’enthousiasme.

LES JARDINS COLLECTIFS
 
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       Déjà un artichaut bon à manger
Mais avant de vous emmener à Yzeuville, il serait utile de préciser de quoi il s’agit quand on parle de jardins partagés. Il ne faut pas les confondre avec les jardins collectifs, jardins familiaux ou ouvriers. Ces derniers datent de la fin du 19° siècle et sont souvent le don d’entrepreneurs éclairés aux travailleurs et leurs familles. Ces jardins apportaient la possibilité de sortir le dimanche au grand air, travailler la terre, produire ses propres fruits et légumes, donner rendez-vous à la famille et aux amis. Ces jardins collectifs aidaient à adoucir la crise sociale et économique : on pouvait quitter quelques heures des taudis humides et souvent contaminés par la tuberculose qu’étaient les habitations des travailleurs. L’idée était aussi d’éloigner les travailleurs  des bistrots, combattre l’alcoolisme.  Ces dimanches dans la nature devaient également, dans la mesure du possible, les empêcher d’aller aux réunions syndicales. Ces jardins existent toujours, sont souvent encore une bonne distraction pour leurs locataires. Ils sont collectifs, ce qui veut dire les uns à côté des autres, chaque jardinier étant responsable de son lopin de terre avec peu de contrôle sur la pratique du jardinage.

LES PRINCIPES DU JARDIN PARTAGE
 
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  Gaston d’Yzeuville veille sur les caisses à compost et l’hôtel des insectes.

Les temps ont changé et les  crises également : aujourd’hui, nous vivons une crise alimentaire, une  crise environnementale, un manque de lien social. Ces trois problèmes ont conduit aux jardins partagés. A la place de petites parcelles, les unes à côté des autres, nous ne trouvons plus qu’un seul terrain sur lequel les participants se rencontrent et travaillent ensemble. Chacun doit trouver où il sera utile. La rencontre, l’échange, le partage, la création d’un lien social sont au centre de cette nouvelle idée.
 Le Mans comme beaucoup d’autres communes cherche à développer la nature en ville. Les parcs et espaces verts sont choyés et on confie volontiers des endroits vacants – terrains vagues - à un groupe motivé pour y créer un jardin partagé sur lequel les participants doivent devenir des acteurs pour un usage public. L’idée est aussi pédagogique : Il faut apprendre à connaître les plantes comme les gestes du jardinage contemporain. Il faut pouvoir reproduire ailleurs ce qu’on aura appris. Les engrais et pesticides chimique seront abandonnés, il faut faire attention aux plantes invasives  ou dangereuses. Des ateliers seront organisés, on essaiera de sensibiliser les participants au développement de la biodiversité.
Partager les fruits et légumes qu’on aura ensemble semés et plantés amènera forcément à parler d’une alimentation saine, à réfléchir et à discuter des plats préparés, trop gras, trop sucrés, trop salés que les supermarchés et fastfood restaurants proposent et qui ont abouti à des pandémies du diabète, de l’obésité et des maladies cardio-vasculaires.
 
LA RENCONTRE DU 4 MAI AU JARDIN PARTAGE D’YZEUVILLE
 
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 Voici l’équipe réunie ce samedi 4 mai    
J’arrive vers 10 h15 dans la cour de l’ancienne école primaire au 61, avenue Yzeu. Il pleut et il fait très froid pour la saison. En un clin d’œil, je compte cinq personnes déjà en activité, en train de ratisser, de biner, d’inspecter les traces d’escargots… Je demande le responsable  (qui ne veut pas passer pour responsable), mais il me donne bien des renseignements, la charte du jardin.  Je comprends que c’est auprès de Philippe Batardière qu’il faut s’inscrire. Donc, il est bien un chouïa le responsable.  Pendant cette matinée froide, c’est lui aussi le jardinier confirmé qui apprend ses gestes aux autres.
 
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    Les morceaux de coquille d’œuf éloignent les escargots
L’espace jugé vacant et prêté par la ville pour en faire un jardin partagé est donc la cour d’une ancienne école, clôturée et à l’origine entièrement goudronnée. Avant de devenir ce jardin, le centre de la cours a été pendant un certain temps un terrain de boules. Libérer ce terrain de ses couches profondes de cailloux et de sable et remplir l’espace gagné de terre végétale n’a pas dû être une mince affaire ! Ici ont été créés les 8 carrés du potager principal. La surface de goudron qui entoure ce potager est restée telle quelle. Quelques grosses caisses  remplies de bonne terre y sont posées dans lesquelles on peut faire pousser également des légumes. En les plaçant, on a pensé à la participation des enfants de l’école Ferdinand Buisson  et des personnes âgés du foyer Yvonne Arbogast. 
Certes, on garde ses chaussures bien propres sur le goudron, mais à la longue, il serait souhaitable de supprimer cette vilaine matière qui plombe totalement le sol. Je n’ai jamais compris pourquoi tant de chemins de jardin, de parcs et de cours sont ainsi plombés en France. Les principes environnementaux demandent un dallage, un pavage ou de fortes couches de mulch pour laisser respirer la terre
 
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    Philippe montre comment on plante des courgettes
      
La terre de cette plate-bande a été améliorée par une « lasagne » l’année dernière. On distingue encore les matières des différentes couches qui ne sont pas encore totalement décomposées. Aucun problème ! Il faut bien espacer les plants, car les courgettes auront un développement qui couvrira toute la surface du carré.
 
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  Un tressage en branches de saule

Valérie nettoie l’allée goudronnée devant un parterre qui court le long de la clôture et dans lequel sont plantés des pieds de rhubarbe, arbustes et vivaces. En regardant bien, vous distinguez que le bord du parterre a été récemment décoré d’un tressage en branches de saules qui deviendra en quelques semaines une jolie haie irrégulière. Annie a supprimé quelques pieds d’un hélianthus qui se développaient trop vivement et qu’elle jugeait invasives.
 
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                                                                            Planter des pommes de terre comme pendant la guerre
Le groupe se lance dans une expérience de plantation de pommes de terre assez singulière : Nous avons entendu nos parents parler de pommes de terre plantées dans des caisses sur le balcon quand il n’y avait rien à manger. Mais comment cette technique fonctionnait-elle ? Voici la démonstration : La caisse est une sorte de tour. Toutes les semaines on ajoute de la terre pour couvrir les feuilles qui se sont formées pendant la semaine. A chaque niveau, la plante va développer des tubercules autour des feuilles enterrées.
 
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   Une tour d’un mètre ?
 
Le groupe a l’intention d’y ajouter une deuxième hauteur de caisse. Pour le moment les dernières  feuilles ont atteint les 40 cm.
Je retournerai rendre visite au groupe fin août, début septembre pour voir ce que les plantations auront donné. Entre-temps je recevrai comme les participants toutes les semaines la lettre du jardin partagé d’Yzeuville par mail. Merci, c’est très gentil ! Ainsi chacun, même s’il ne peut pas assister à une séance de travail, est renseigné sur la progression du jardin. Je pense pouvoir dire déjà que les principes du jardin partagé sont bien remplis : le groupe est content de se retrouver, d’échanger, de rire ensemble. Chacun prend l’initiative de travailler utilement. Les gestes du jardinage sont transmis et même des expériences entamées.  Un vrai succès !
Il y a beaucoup d’exemples différents de jardins partagés aujourd’hui dans un but pédagogique ou de bienêtre physique et psychologique. On voudrait si possible s’approcher de  la notion de la démocratie participative, d’une intégration dans un espace public :
Il s’agit de jardins de prisons, d’écoles, d’hôpitaux, pour personnes vivant dans la précarité, de parcs publics avec potagers et de cohabitation par l’intermédiaire de son jardin. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez trouver un dossier très complet et intéressant dans : »JARDIN DE FRANCE » Les dossiers » N° 2- Edition 2014.
 
 
SOLUTION DE LA DEVINETTE N° 32
Il s’agissait du rhododendron luteum parfumé  à feuillage caduc devant les archives
 départementales du Mans.
 
DEVINETTE N°33
 
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Josiane a acquis un nouveau petit arbre. Comment s’appelle-t-il ? Regardez bien la peau des fruits. (Pour connaître son jardins d’agrumes, lisez la Chronique Botanique 28)