CHRONIQUE BOTANIQUE N° 26 : LES CAMOMILLES AU CLOS DES SIMPLES

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                                                                                  Le Clos au mois de juin
Le Clos des Simples a fêté son 1er anniversaire ! Il a participé pour la première fois aux « Rendez-vous aux jardins », les 2 et 3 juin. Quinze jours plus tard, il a reçu la visite d’une petite sorcière, une jeune paysagiste ayant une très bonne connaissance des plantes médicinales et dotée, en plus, d’un talent pédagogique remarquable qui a évoqué, devant nous, le temps des Plantagenêts, époque où la sorcellerie faisait partie des soins par les plantes. Elle sera réinvitée au Clos des Simples pour la fête ECEJ, fin septembre. Inscrivez ce rendez-vous sur vos tablettes !
 
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                                                                                                              La Petite Sorcière
Le premier week-end de juin, le jardin était magnifique : toutes les plantes avaient bien repris leur cycle de végétation, Iris et Bourraches étaient même déjà fanés. Le plessis des Ranunculales était en pleine floraison. On ne peut pas dire qu’il y ait eu foule, mais quelques curieux se sont succédés régulièrement et ils ont posé beaucoup de questions sur ces plantes médicinales.
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  Serge donne des explications
Serge Métais, le responsable du clos, a organisé la plantation selon la nouvelle classification phylogénétique, ce qui fait de notre petit jardin un précurseur. Serge avait également préparé une table avec des livres scientifiques. Les personnes intéressées pouvaient se plonger dans la classification « Après Linné ». A tous ceux qui ont peur du changement, disons que l’invention la plus méritoire de Linné – le fait de nommer une plante par deux mots latins (ou grecs), le premier désignant son genre, le second son espèce – est toujours valable et utilisée partout dans le monde. Nous avions l’habitude de regrouper les genres en familles. Cela n’a pas changé, mais désormais l’ordre est mis en avant et peut regrouper plusieurs familles. Nous lisons sur les plessis : Astérales, Lamiales, Asparagales, etc. Comme cette classification s’appuie sur une analyse d’ADN, certaines plantes ont dû changer de famille. Mais vu le très grand nombre de plantes bien classées, nous ne pouvons qu’admirer le bon travail des botanistes qui ont procédé durant des siècles sans analyse de molécules.  Pour le moment, une petite étiquette en ardoise indique le nom français de chaque plante ; il est prévu d’y ajouter les deux noms latins. Pour savoir plus sur nos plantes du clos, allez sur la rubrique « Clos des simples » de notre site ECEJ.
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Les trois camomilles (de gauche à droite : l’allemande, la romaine, la grande) 

L’ordre le plus représenté dans notre clos est celui des Astérales, les plantes ayant des fleurs en forme d’aster ou de marguerite. Les fleurs de camomille appartiennent à cet ordre. Pour moi, la camomille évoque l‘enfance, un parfum à peine perceptible me revient, flottant sur la prairie et au bord des champs de blé. Mais c’est précisément cette camomille sauvage qui manque au clos. Il n’y a que la camomille romaine et la grande camomille. Celle qui nous manque s’appelle matricaria recutita, mais aussi camomille allemande, petite camomille, escargoutte et malherbe. En allemand, elle s’appelle « Echte Kamille », c’est-à-dire : vraie camomille ou camomille authentique.
Je me suis donc mise à la recherche de cette camomille sauvage, sûre de l’avoir aperçue en faisant du vélo à la campagne, près de Sargé. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je me trouvai nez à nez avec les équipes municipales venues arranger un bout du Boulevard Nature juste à cet endroit.
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   Une équipe municipale s’occupant du Boulevard Nature

Au bord du chemin, la terre était retournée et il fallait chercher pour trouver la plante. C’était, en effet, une camomille, mais une inodore ! Le parfum, si faible qu’il soit, manquait et j’ai fait le test qu’on m’a appris dans mon enfance. On perce le réceptacle de la fleur : celui de la vraie camomille doit posséder un creux. Ce n’était pas le cas ! Il y a toute une série de plantes qui ressemblent à la camomille odorante, mais qui n’ont pas d’odeur ou pas le vrai, l’unique parfum de la matricaire. 
Deuxième station : une jardinerie. Il y avait bien une matricaire, mais aux fleurs coupées pour l’inciter à refleurir. Les feuilles étranges permettaient de penser qu’il s’agissait d’une variété horticole.
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  La matricaire sortie d’un biotope urbain

Les « Flores de France » conseillent de regarder sous les arbres en ville ou d’observer les gazons publics peu entretenus. Je l’ai finalement trouvée, mais quelle cueillette désagréable (des déchets partout !).
Les bienfaits de cette plante sont connus depuis le Moyen Âge : on l’a appelée matricaria, car elle est supposée calmer les règles douloureuses (matrix, matrice/utérus). Elle a une action sédative. La tisane, de préférence de fleurs fraîches, aide à bien dormir, peut également adoucir la peau et les muqueuses de la bouche, calmer une conjonctivite et même éclaircir les cheveux.
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   La camomille romaine

Regardons maintenant les deux autres camomilles du Clos des Simples.
La camomille romaine a aussi beaucoup de noms différents : Chamaemelum nobilis, Anthemis nobilis, anthemis odorante, camomille odorante, camomille double ou camomille d’Anjou. C’est une plante vivace contrairement à la matricaire qui est une annuelle. La romaine possède un parfum plus fort, elle est plus tonique et sert de remède contre la fatigue et l’anémie, elle calme les migraines et les douleurs laissées par la grippe. L’huile de la camomille romaine soulage des douleurs rhumatismales. On ne la boit pas en tisane car elle est beaucoup trop amère.
Son odeur agréable rappelle celle de la pomme. Le mot camomille vient du grec kamai (par terre) et de melon (la pomme). On l’appelle également « médecin des plantes » : elle guérit la plante malade à côté d’elle, presque toujours. On peut en faire pousser un gazon, régulièrement coupé, il reste assez court et dégage toujours son parfum délicat.
 
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                                                                                               La grande camomille
Il nous reste la grande camomille à décrire. En fait, ce n’est pas une camomille, elle appartient à un autre genre : Tanacetum parthenium est du même genre que la Tanacetum vulgare. Mais elle est loin d’avoir des odeurs aussi fortes que celle-ci, elle n’est pas non plus toxique. Elle possède tout de même un parfum relevé de camphre. Si on l’adopte dans le jardin, elle se ressème partout et accompagne joliment toute autre plante. C’est une grande plante (jusqu’à 80 cm) avec une solide tige et beaucoup de ramifications.  Elle a de vraies feuilles, divisées en folioles ovales pennées tandis que les deux vraies camomilles ne possèdent que des dentelles de feuilles divisées en segments filiformes, d’aspect plumeux.
On a probablement appelé « camomille » la Tanacetum parthenium  à cause de ses inflorescences qui ressemblent aux deux autres. (voir photo N°5). Elle est d’origine méditerranéenne et utilisée depuis des siècles pour soigner des affections nerveuses et hystériques ainsi que l’arthrite. Elle possède donc un puissant effet physiologique, car elle contient, entre autres, de l’histamine et de la brandykinine. Ces dernières décennies, des expériences ont été faites dans les pays anglo-saxons pour prouver que la « parthenelle » (nom utilisé dans le sud de la France) pouvait améliorer la vie de gens souffrant régulièrement de fortes migraines. La cure semble facile : on mâche quotidiennement, pendant plusieurs mois, trois feuilles de cette plante. Attention, pas sans surveillance médicale !
Encore une petite astuce qui peut être utile en été : on frotte les piqûres d’insectes avec une feuille de parthenelle, ce qui doit soulager immédiatement. Par contre, elle ne se prend pas en tisane.
Voici donc trois plantes faciles à cultiver dans le jardin, déjà utilisées par nos ancêtres et qui nous aiderons dans de nombreuses situations.
 
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SOLUTION DE LA DEVINETTE 25 :
 Le premier arbre avant la rangée de marronniers roses est bien un tilleul.

DEVINETTE 26
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Quelle est cette plante qui pousse également au Clos des Simples ?
 
Elle mesure 1 m et a des inflorescences en forme de pompons rouges.