CHRONIQUE BOTANIQUE N° 25 : LES MARRONNIERS ROSES AU PORT DU MANS

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Le marronnier rose
LE PORT DU MANS
 Au mois d’avril, nous nous sommes rendus au confluent de l’Huisne et de la Sarthe par le chemin de halage. En continuant, il reste un quart d’heure de marche pour arriver au port du Mans. Imaginons les chevaux de halage tirant les bateaux  chargés de marchandises :  l’écluse constituait le dernier obstacle avant d’entrer dans le canal des Planches. Et c’est encore ainsi pour tous les bateaux aujourd’hui. Le canal longe l’ancienne usine à tabac, le parc de l’île aux Planches, il se termine au niveau du pont de fer. Nous sommes arrivés au port.
 
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 Le pont de fer, le monument des précurseurs de l’aviation

Avant de nous intéresser aux bateaux, jetons un coup d’œil sur ce pont qui est dominé par un haut monument en l’honneur des précurseurs de l’aviation et plus particulièrement de Wilbur Wright. Tout en haut, un personnage tend les bras vers le ciel comme s’il voulait s’envoler. Autrefois , ce monument était placé près du tunnel aux Jacobins. C’est à cet endroit que j’ai vu un jour de tempête une scène cocasse : la force du vent avait cassé le personnage en deux, il lui manquait son buste pathétique. En remplacement, la tempête lui avait envoyé  une énorme branche de cèdre qui décorait magnifiquement le bas du corps restant. Jamais land art ou happening  ne m’ont autant réjouie que cette mise en scène de la nature.
 
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       Les bateaux au port
Nous descendons du pont en direction de la capitainerie, bâtiment moderne de couleur bleue, entouré de beaux marronniers roses. Sur l’eau, je compte une petite vingtaine de bateaux de tourisme, même un bateau- école est à quai. Par contre, je ne vois pas de grandes péniches qui apporteraient des marchandises : c’est un petit port de plaisance. De juin à septembre, on peut y louer, pour une durée variable, de petits bateaux à moteur pour lesquels le permis n’est pas nécessaire. Sur la rive opposée, comme il se doit pour un vrai port, un petit phare a été installé, le phare des Planches, bien entendu !
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Panicules et feuillage
LE MARRONNIER ROSE          
Rares sont les arbres de nos contrées qui déploient d’aussi belles inflorescences, des panicules roses. Elles se dressent, parfois inclinées en raison de leur poids, au milieu d’un feuillage vert foncé.
Le marronnier rose est un arbre hybride, un croisement entre le marronnier blanc, appelé aussi marronnier d’Inde « Aesculus hippocastanum L » et le pavia rouge « Aesculus pavia ». Cela mérite quelques explications :
Le pays d’origine du marronnier commun n’est pas l’Inde, mais le Nord de la Grèce et l’Albanie. En France, les premiers arbres de cette espèce furent plantés à Versailles et au Jardin du Luxembourg pendant la première moitié du 17e siècle.  L’arbre se retrouva  très rapidement dans tous les parcs et comme arbre d’alignement. Ses fruits, les marrons, étaient très appréciés des chevaux d’où le nom de l’espèce « hippocastanum ». C’est un arbre majestueux pouvant atteindre 30 m de haut , avec des panicules blanches et, en automne, des capsules hérissées de piquants. Ce bel arbre est malheureusement envahi, depuis quelques décennies, par des acariens et la chenille mineuse, qui font craindre sa disparition.
Le pavia rouge nous vient des Etats-Unis où il a été trouvé en 1711 et nommé en référence au botaniste néerlandais Pavius. C’est un joli petit arbre ou grand arbuste pouvant mesurer jusqu’à 5 m. Il possède des feuilles à cinq folioles dentées, roses au débourrement. Les pétioles et fleurs sont rouges. La capsule est lisse, les fruits sont riches en saponine, une substance toxique.
Le marronnier rose (Aeculus x carnea = Ae.hippocastanum x Ae. Pavia) est donc issu des deux espèces de marronniers.  On ignore où et quand le croisement s’est fait pour la première fois, mais l’arbre était déjà très répandu en Allemagne au début du 19e siècle. Les hybrides sont normalement difficiles ou impossibles à reproduire par graines. Cependant, les graines du marronnier rose germent bien à condition qu’on  les mette en terre immédiatement après la maturité du fruit. Au bout de quelques semaines déjà, leur fertilité sera épuisée. Malgré cette restriction, on peut s’étonner de cet hybride stable.
Si l’on observe les marronniers autour de la capitainerie et leur alignement le long du quai de l’amiral Lalande, il est évident que la plupart des arbres possèdent une couronne arrondie, au port étalé, certains cependant font penser à leur ancêtre le marronnier d’Inde avec une couronne plus conique. L’arbre peut atteindre une hauteur de 20 m, une moyenne entre la hauteur de deux ancêtres . Jusqu’à maintenant, les marronniers roses ne sont pas atteints de maladies.
 
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     La feuille du marronnier rose

Les feuilles sont découpées, comme chez tous les marronniers, en 5 à 7 folioles, et elles sont bien fermes, luisantes, dentelées, marquées par de solides nervures. Elles restent intactes jusqu’en automne. Les quelques brûlures qu’on peut observer sont dues au soleil trop intense.
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       La panicule du marronnier rose

Chaque panicule est composée de multiples bouquets de fleurs. Regardons une seule fleur de près : Le calice comprend 4 pétales soudés en bas. En haut, les pétales sont libres et arrondis. De très longues étamines courbées dépassent de beaucoup les pétales. Les deux pétales latéraux sont écartés, les deux supérieurs portent sur leur face intérieure des taches jaunes ou rouges. Ces taches indiquent aux abeilles s’il y a encore du nectar ou non dans la fleur (guide nectarifère), en fait, si la fleur est déjà fertilisée ou non. Aux taches rouges succèdent rapidement les petites capsules épineuses que vous distinguez sur la photo. 
 
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  Les capsules portant des fruits

Il est étonnant qu’au mois de septembre, les capsules ne portent plus d’épines sur leur peau, qu’elles soient toutes lisses et se distinguent ainsi de celles du marronnier blanc. Aussi faut-il être prudent et ne pas donner les fruits aux bêtes, ils sont toxiques comme ceux du pavia.
Les 30 espèces du genre « Aesculus » se rangent d’après la nouvelle classification phylogénétique dans la famille des « Sapindaceae », puis dans l’ordre des Sapidales dont nous connaissons au moins les genres  «  Acer, Koelreuteria et Sapindus ».
 
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SOLUTION DE LA DEVINETTE 24
Il s’agissait de la fritillaria meleagris qu’on trouve encore parfois à l’état sauvage.

DEVINETTE 25
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Le premier arbre au niveau de la capitainerie n’est pas un marronnier. Il porte ces feuilles et boutons de fleurs.