Chronique Botanique N°24 : Araucaria au bord du Chemin de Halage

Une promenade au bord de la Sarthe
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Le confluent de l’Huisne et de la Sarthe
Vous souvenez-vous de notre promenade au  parc du Gué de Maulny en janvier 2018 ? Pour revenir vers le centre ville, j’avais emprunté la passerelle des Pêcheurs qui enjambe la Sarthe et conduit au chemin de halage. A quelques pas de là, se trouve le confluent de la Sarthe et de l’Huisne. Sur la photo vous distinguez l’Huisne qui termine son cours à droite en mêlant ses eaux avec celles de la Sarthe, à gauche le long de la Sarthe le chemin de halage  et un deuxième chemin tout près de l’eau qui est la partie supérieure du mur  stabilisant les berges.
 
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   Un nichoir astucieux
En 1986, le chemin de halage est devenu un chemin paysagé de la passerelle des Pêcheurs à la ville : on y trouve une étonnante collection d’arbustes et d’arbres, certains étant même étiquetés ; des nichoirs astucieux y sont suspendus pour ne pas planter de gros clous dans l’arbre. Aujourd’hui, le chemin de halage fait partie du Boulevard Nature dont la restauration vers Allonnes continue.
C’est un endroit chargé d’histoire. Depuis le Moyen Âge, bœufs, chevaux ou même hommes tiraient les embarcations, grâce à un système de cordes ou « bricoles », pour transporter matériaux, denrées alimentaires, objets artisanaux d’un lieu à un autre. Ceci était beaucoup plus efficace que le transport par les routes, mauvaises et non goudronnées. La Sarthe, comme d’ailleurs d’autres rivières européennes, a subi au 19° siècle un aménagement pour faciliter ce transport. On construisit alors tout un système de canaux et d’écluses pour éviter de grands méandres, par exemple. Nous connaissons déjà le canal des Planches (Chronique botanique N°15) sur l’île aux Planches qui nous mène jusqu’au port du Mans. Ce n’est que dans la première moitié du 20° siècle que le halage a été abandonné. Parfois on rencontre encore des témoins de cette époque : une paroisse va bientôt installer ses salles de réunions dans  une ancienne écurie qui a servi aux chevaux de halage.
 
Araucaria araucana
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araucaria araucana
 
Je reviens encore sur mon retour de promenade par le chemin de halage : Arrivée  au confluent, je remarque dans un des jardins qui bordent l’autre côté du chemin un très bel arbre qui remplit complètement le petit jardin. Un randonneur venant à ma rencontre et voyant mon admiration s’exclame : « n’est-ce pas, il est magnifique ce sapin ? » Je me retiens pour ne pas lui faire remarquer que ce n’est pas du tout un sapin mais un arbre rare dans nos contrées : un araucaria du Chili. Le randonneur ne se trompe pas complètement, car l’arbre est un conifère, comme notre sapin, un conifère venant du fin fond des temps.
La jeune dame qui habite la maisonnette près de laquelle se trouve l’araucaria m’autorise gentiment à prendre des photos :  l’arbre que j’observe est plutôt trapu, il a des formes arrondies et un tronc très court. Les photos de l’arbre dans son pays d’origine, le Chili, montrent un tronc très élevé et à moitié dénudé. Là-bas il peut atteindre 30 à 40 m de hauteur. Dans l’hémisphère nord, il n’arrive jamais à cette hauteur même quand on lui donne beaucoup plus d’espace qu’ici.
 
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   Branches en hélice autour du tronc 

Les branches sont disposées par trois, quatre ou cinq, en hélice autour du tronc. Elles s’étendent horizontalement, puis remontent légèrement au bout. Elles font peu de ramifications et sont complètement couvertes de feuilles -aiguilles, comme les toits des maisons alpines par des bardeaux. Ces feuilles sans tiges rappellent aussi des écailles : très compactes, elles mesurent de 3 à 5 cm de long, ont une épaisseur de plusieurs mm et sont disposées en spirales tout autour du rameau.  Persistantes, plus que toutes les feuilles ou aiguilles de nos arbres persistants, elles peuvent vivre 10 à15 ans et ne tombent pas. Toute la branche devient alors uniformément brune et finit par tomber.
 
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  Des épines qui donnent du désespoir
 
Le tronc est couvert d’épines. On appelle l’arbre aussi « le désespoir du singe » car ces épines l’empêcheraient de monter. Seulement, dans son pays d’origine, il n’y a pas de singes ! Par contre, comme vous pouvez le voir sur la photo, notre lierre local ne craint pas les piquants.
 
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  Des cônes mâles

L’arbre peut être dioïque ou monoïque, comme ce doit être le cas ici, car je ne vois que de longs cônes mâles, regroupés à plusieurs. Je n’ai pas trouvé de gros cônes femelles, ronds et isolés. Il y a des cônes mâles marron, donc à maturité ou des jeunes de cette année, vert clair qui mettront deux à trois ans avant d’être mûrs, puis finiront par tomber.
En Europe, nous trouverons cet arbre presque toujours isolé, planté pour son aspect exotique, comme nous l’avons déjà vu pour les cèdres ou les séquoias. Mais au Chili, il existe des forêts entières d’araucarias auricana  ainsi nommés d’après le peuple amérindien qui y habite.
La famille des araucarias (araucariaceae)
La famille des araucarias est une des plus anciennes lignées de plantes. Des fossiles trouvés, souvent des pollens, en témoignent : elle a été présente sur la terre entière entre le Jurassique (il y a 200 millions d’années) et le Crétacé (il y a 65 millions d’années). Elle a ensuite, en grande partie, traversé la crise du Crétacé qui a éliminé les dinosaures. Ces derniers se nourrissaient d’araucarias. Depuis, on trouve cette famille botanique uniquement dans l’hémisphère sud. A côté de l’araucaria, existent deux autres genres, les wollemia et les agathies. Le genre araucaria compte 19 espèces dont 13 sont endémiques de la Nouvelle Calédonie. Presque toutes celles-ci sont en voie de disparition, même les trois les plus fréquemment rencontrées se trouvent sur la liste rouge des espèces en voie de disparition.
Notre arbre au  bord du chemin de halage araucaria araucana se distingue, au contraire, par une rusticité remarquable, il supporte le gel, la neige et la pollution de l’environnement.
 
Devinette 24
 
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Quelle est cette clochette au délicat dessin géométrique ?
 
Je l’ai mentionnée dans la chronique sur le
jardin de l’église du pré. (CB 18)