CHRONIQUE BOTANIQUE 22 : VISITE AU PARC DU GUE DE MAULNY

Bonne Année 2018 sous le gui à tous les amateurs de botanique !


UNE BREVE HISTOIRE DU SITE

 
le gui après Noël 094 CB22
 
 Aujourd'hui, je vous invite à me suivre au parc du Gué de Maulny. Pour s'y rendre, sortez de la gare sud, puis prenez la rue Etoc Demazy . Au bout de cette rue, vous verrez une passerelle qui enjambe la rivière Huisne.
 
le gui après Noël 024 CB22
Le Moulin
Arrêtez-vous brièvement au milieu du pont pour regarder sur votre gauche : vous verrez, entouré d'eau sur trois côtés, un beau bâtiment orange avec des balcons en métal. C'est le dernier moulin du Gué de Maulny transformé en habitations. En regardant sur votre droite, vous découvrirez déjà le chemin de promenade le long de l'Huisne.
Le gué a été depuis l'époque gallo-romaine, pendant tout le Moyen - Âge et encore jusqu'au 19e siècle un lieu de passage vers le sud, vers Allonnes, Arnage, Sablé... Près du gué sur la rive droite, s'est élevé au 14e siècle un manoir, lieu de naissance du roi Jean II, le Bon (1319 à 1364). On ne sait pas si ce manoir a été précédé aux 9e et 10e siècles par d'autres constructions qui auraient pu être une sorte de fortification avant d'entrer dans la ville. Le manoir a disparu au cours de la guerre de Cent ans. Il ne reste plus désormais que les 7 moulins du gué qui, parfois usés ou détruits, ont toujours été reconstruits jusqu'au 19e siècle. En 1862, la ville les a rachetés pour en faire sa première usine du retraitement des eaux. Si l'on veut être très précis, on devrait dire que le bâtiment restauré ne succède pas directement aux moulins, mais à la première usine des eaux.
 
le gui après Noël 023 CB22
                                                                         La  promenade au bord de l'Huisne
LE PARC
Après ce bref rappel de l'histoire du Gué de Maulny, nous empruntons le chemin qui longe l'Huisne. Le parc à notre gauche est un vaste bocage de 16 ha de prés au milieu desquels on trouve des arbres et des arbustes spontanés, isolés, en groupes ou formant de grandes haies. Tout reste entièrement à l'état naturel. Le parc a une certaine structure grâce aux chemins qui le traversent et qu'on peut emprunter à vélo ou à pied. Ils sont très prisés par les amateurs de cross pour lesquels, de surcroît, on a installé des appareils de musculation. Les enfants n'ont pas été oubliés : une aire de jeux fait leur bonheur. De multiples tables et même un grill invitent au pique-nique.
Il faut admirer le travail accompli par les Espaces Verts de la ville qui ont donné structure et propreté à ce parc en évacuant, l'une après l'autre, les bicoques, remplies de saletés, du bord de la rivière.
le gui après Noël 032 CB22
                                                                                       Le gui dans les arbres
LE GUI
A cette époque de l'année, sans fleurs dans le pré, sans feuilles sur les arbres, le regard est attiré par des choses qui sont mises en valeur par cette nudité : le lierre qui grimpe sur presque tous  les arbres, qui flotte comme un mobile au vent et le gui qui décore, avec ses magnifiques boules, les peupliers plantés au bord de la rivière. Ou faut-il tout de suite dire : il envahit les arbres, car il est un parasite ? Les boules de gui ont grandi avec les arbres, leur plus grande densité se trouve dans la première moitié des arbres. Mais les arbres ne manquent pas de nourriture si près de l'eau. Même si le gui les affaiblit, il ne les tuera pas.
Dans l'exposition « Paysages français » qui a actuellement un grand succès à la Bibliothèque François Mitterrand  à Paris, on peut suivre une observation qui comporte cinq photos du même paysage paisible avec un groupe d'arbres :1) le gui commence à envahir les arbres, 2)  les arbres sont complètement envahis, 3) les arbres ont été sévèrement taillés, tout le gui a été enlevé, 4) le gui repousse, 5) le gui prend de l'ampleur.  Conclusion : c'est un combat perdu d'avance !
Le gui est très haut placé, il cherche le meilleur ensoleillement. Pour étudier de près une boule, il me manque une grande échelle ou du matériel d'élagage. Je cherche alors sous les arbres et trouve, en effet, un petit peuplier mourant envahi par le parasite et dont plusieurs branches sont tombées lors des dernières tempêtes.
le gui après Noël 048 CB22
                                                                                 Le gui intégré dans l'arbre
Une d'elles me permet de voir comment le petit tronc de gui sort de la branche de l'arbre. Ce tronc est très court et donne naissance à plusieurs rameaux qui se ramifient à leur tour en prenant toujours une forme courbe jusqu'à ce que la boule soit parfaite. En regardant un bon moment cette photo, on peut être offusqué de la « brutalité » du parasite. Il est arrivé à détruire totalement son hôte. Il se greffe sur le système nutritif du peuplier, même s'il reste capable de faire sa propre photosynthèse.
le gui après Noël 045 CB22
                                                                                         La boule de gui
Voici une boule encore accrochée tout autour du petit tronc du peuplier. Ses feuilles sont persistantes, opposées, dures et spatulées, mesurant jusqu'à 6 cm. Nous apercevons une multitude de petites baies blanches. C'est sous cette forme que la plante est recherchée pour décorer les portes pour Noël et le Jour de l'An. Elle l'était aussi par les druides celtiques qui utilisaient le gui du Chêne (l'arbre sacré) pour préparer leurs remèdes mythiques. Toute la plante est très toxique ! Les oiseaux, surtout les grives draines dispersent les graines contenues dans le fruit mou. L'oiseau avale la partie gluante et tendre, le noyau reste collé à son bec. Il cherche alors de s'en débarrasser en frottant le bec contre une branche. La graine reste collée là, dissolvant l'écorce, puis produisant une enzyme pours s'introduire comme une sorte de greffe dans le tissu de l'arbre.

le gui après Noël 125 CB22 
     Les fleurs  
Le hasard a voulu que je trouve même des rameaux de gui fleuri par terre. On peut supposer qu'ils traînaient déjà depuis un certain temps à cet endroit et que le stress a anticipé la floraison. Sur l'arbre, le gui ne fleurit qu'au mois de mars ou avril. C'est une plante dioïque : Les fleurs mâles (les plus grandes) et les fleur femelles (les plus petites)  d'une couleur jaunâtre se ressemblent beaucoup et on a du mal à les distinguer.
Je cueille un bouquet de gui pour vous souhaiter la bonne année.
Je choisis le chemin de halage pour rentrer au Mans, tout en observant le gui dans les arbres. Je ne l'ai trouvé que dans les peupliers et les saules. D'autres feuillus peuvent être hôtes du gui : le chêne, le tilleul, les vieux pommiers, plus rarement les érables et les châtaigniers. Il existe une variété de gui blanc qui envahit les conifères, les sapins et les pins, surtout dans les Alpes.
 
Pour imprimer cette chronique, cliquez ci dessous :
 
Devinette
le gui après Noël 071 CB22
Sur le bord du chemin de halage j'ai trouvé ces jolis petits fruits d'un arbuste très décoratif. Quel est son nom ?