Chronique botanique N° 18 : LE JARDIN DE L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME- DU- PRÉ

UNE ÉGLISE ROMANE

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Nous nous sommes souvent baladés près de la Sarthe pour découvrir des plantes exceptionnelles : le Tulipier de Virginie (liriodendron tulipifera) quai Louis Blanc, le chimotanthus praecox dans les jardins de la Tannerie, l'helleborus foetidus sur l'Île aux Planches. Aujourd'hui, nous passons de l'autre côté de la rivière pour faire la visite du jardin qui entoure l'église de Notre-Dame du Pré.
Même si sa voûte a été remaniée au 15° siècle, sa façade au 19° et ses vitraux au 20°, le style roman de cet édifice (commencé au 11° siècle) reste dominant et ceci partout d'où on le voit à partir du jardin : vous allez découvrir, au fond de mes photos, les fenêtres en plein cintre et le chœur avec ses trois chapelles rayonnantes, si typique de l'architecture romane.

LE MANTEAU DE NOTRE-DAME
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Le jardin a été refait il y a une vingtaine d'années. L'espace entier est entouré d'une grille doublée d'une haie de toutes sortes d'arbustes. On y entre par des portillons. Le côté Nord du jardin est très ombragé, des arbres vénérables -marronnier, magnolia, séquoia-  ne permettant pas un aménagement très fleuri. On s'est contenté de planter des graminées qui dansent au gré du vent et nous accueillent avec leurs jolis reflets argentés. Tôt dans la saison, les graminées sont pointées de fritillaires et de fleurs d'ail. Côté Est, le chœur avec ses chapelles devait être ceint d'un tapis du Manteau de Notre-Dame, en l'honneur de la Vierge Marie. Cette plante n'est autre qu'alchimilla mollis. Bien qu'elle soit très robuste et prolifère, elle s'est faite remplacer en grande partie par les anémones du Japon. Elle est cependant encore bien présente de part et d'autre de la chapelle du milieu.
 
UN JARDIN SPONTANÉ
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Et voilà que nous arrivons dans la partie Sud qui est un exemple parfait d'un jardin spontané, d'un merveilleux mélange naturel d'une bonne vingtaine de vivaces.
Ma photo vous permet de voir comment les plantes s'enchevêtrent ici : hellébores de Corse, anémones du Japon, cerfeuil, centranthus, alchimilles. Plus loin on trouve également des roses trémières, fenouils, géraniums, digitales jaunes, angéliques, sauges...  Les jardiniers laissent ces plantes se ressemer à leur guise, ce qui crée ce beau désordre. Seules les anémones trop envahissantes sont parfois supprimées. Dès le début, les jardiniers ont régulièrement paillé toute la surface des plates-bandes, une technique qui permet de garder l'humidité, qui évite également que les mauvaises herbes prennent le dessus. Au bout de 20 ans de paillis, les plantes sont bien installées dans une épaisse couche de compost.
 
LA PIVOINE ARBUSTIVE LUTEA
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Pour créer un contraste avec ces herbacées, le créateur du jardin a ajouté quelques arbustes : des pivoines arbustives jaunes et deux sortes de rosiers botaniques (bien visibles sur la photo N°3). Les pivoines jaunes Lutea, hautes d'un mètre vingt, sont entourées au pied d'un coussin de buis carré ou triangulaire. Un clin d'oeil au jardin à la française, un effort pour mettre des accents de rigueur dans ce désordre naturel. La plante possède de grandes feuilles très découpées, dont les bords, les nervures et les tiges tirent vers le rouge.
 
UNE MAGNIFIQUE FLEUR
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En avril, de jolis boutons se forment et fin avril, début mai, de grandes fleurs s'ouvrent. Elles sont semi-doubles, marquées de macules rouges à la base des pétales. Les filaments des étamines nombreuses sont jaunes jusqu'au niveau des macules rouges, puis deviennent rouge également. Les pétales bicolores sont encore beaux quand le vent et la pluie les ont déchirées et jetées par terre. Puis quatre ou cinq grands fruits rougeâtres apparaissent, déjà visibles au milieu des étamines.
Après cette description, j'avais très envie de revoir ces pivoines jaunes dans leur environnement. Je me posais surtout la question de leur diminution d'une année à l'autre. L'année dernière, j'avais vu cinq ou six arbustes très fournis de feuilles et de fleurs solides. Cette année, je n'en ai compté plus que deux, les autres étant réduits à deux ou trois tiges. Plusieurs coussins de buis sont restés complètement vides. Le jardinier m'a assurée que ces plantes sont adaptées à notre climat et surtout qu'elles ne sont pas taillées. Il se peut qu'après 20 ans de belle floraison elles soient épuisées et aient besoin d'être renouvelées. J'ai aussi entendu que la pivoine n'aime pas beaucoup les racines environnantes. La proximité du buis pourrait être une mauvaise condition de vie pour elle.
 
UNE MAUVAISE SURPRISE
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Quelle mauvaise surprise m'attendait ce matin ! Le jardin était dévasté : les restes d'un repas parmi les fleurs, des crottes de chien au milieu du chemin, hellébores et acanthes écrasés, une branche de la pivoine jaune arrachée et jetée par terre ! Est-il possible que nous ayons des concitoyens qui détruisent notre bien commun, qui ne se réjouissent pas de la beauté de ce lieu, qui ne soient pas respectueux du travail nos jardiniers ? Difficile à savoir dans ces circonstances si les pivoines disparaissent parce qu'elles sont épuisées ou si on les a peu à peu détruites ? À chaque belle soirée de printemps un peu plus ! Et c'était une belle soirée hier !
J'ai ramassé la branche : elle portait sur la partie boisée trois bourgeons pour l'année prochaine ! Je vais essayer de faire fleurir le bouton. Mais quel gâchis !
 
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SOLUTION DE LA DEVINETTE N°17
Il s'agissait de la jacinthe des bois (hyacinthoides non-scripta)
 
DEVINETTE N°18
Dev 18
Comment s'appelle ce rosier botanique venu de Chine de couleur changeante et d'une floraison continue qu'on trouve au jardin de l'église du Pré ?